Hashtag #RegretMaternel : quand les mères aimeraient faire machine arrière

La maternité est loin d’être idyllique et certaines femmes avouent même regretter d’avoir eu un ou des enfants, évoquant leurs désillusions. Depuis le début de semaine, les langues se délient derrière un hashtag libérateur.

Ce lundi 29 mars, un aveu indicible a émergé des tréfonds de Twitter, celui des souffrances liées à la maternité et parfois du regret même, qui en découle, le tout compilé sous le hashtag #RegretMaternel. Tout est parti d’un tweet, celui de @DocMarmottine. «Depuis mon enfance, j’ai toujours rêvé d’être mère, je pensais avoir un “instinct maternel” (…) et j’attendais que ça. Bah p*****, la désillusion», écrit-t-elle sur sa page. Et de poursuivre quelques lignes plus loin : «Jpp de devoir gérer repas, chouanneries, conflits, besoins divers et variés, sans une once de reconnaissance (…) Si j’avais su avant, je ne sais pas si j’aurais fait autrement, mais franchement, j’ai l’impression que tout ce que j’attends c’est qu’ils soient tous grands et élevés et autonomes. Pour pouvoir revivre».

Le tweet jette un pavé dans la mare des layettes et résonne aux oreilles de @Fables_21e, une utilisatrice qui s’empresse de soutenir et de partager le témoignage dès le lendemain. Dans son message, elle invite alors les mères à tweeter leur histoire derrière le hashtag #RegretMaternel.

L’ultime tabou

Depuis, les vannes se sont ouvertes et les récits s’accumulent. Toutes l’assurent d’emblée : elles aiment leurs enfants mais pas le rôle qui leur a été imposé. «J’ai été élevée pour me marier avec un homme et avoir des enfants, je ne m’étais même pas demandé si c’était ce que je voulais», lâche @BrouetteD.

Beaucoup racontent en effet le poids de la maternité et de la charge mentale. «La vie de mère ne me convient pas, confie une internaute derrière le pseudonyme (plutôt approprié) @jaienviedecrier. J’ai besoin de beaucoup plus de temps pour moi que ça. J’ai besoin d’être reconnue pour mon travail et mes capacités. J’ai besoin que mes compétences ne soient pas réduites à mon enfant.»

En vidéo, “Je suis la charge” : 2 minutes pour comprendre la charge mentale dans le couple

D’autres dénoncent la solitude et le manque de soutien. «C’est le truc que j’aurais aimé savoir : tu te sentiras plus seule que jamais, avec ces vies entre tes mains si exigeantes, en demandes constantes. Tu te sentiras seule mais tu ne le seras plus jamais (…) Pas même pour faire pipi», déplore @MelusineHoffman.

Des confidences inaudibles pour certains. «J’espère que ma mère n’a jamais pensé comme toutes ces femmes qui regrettent amèrement d’être mère, déplore une internaute. Certains mots employés dans des tweets sont vraiment très durs». D’autres y voient là un affront aux couples souffrant de troubles de la fertilité, ou encore brandissent le recours à la contraception et à l’avortement. «Parfois on est regardé avec de gros yeux quand on dit qu’on n’aime pas être mère. Surtout quand on vient d’un parcours fiv», témoigne une jeune femme.

Écouter avant de juger

Depuis plusieurs années, la docteure en sociologie Orna Donath dénonce ces préjugés et invite à une écoute plus profonde de ce que les femmes et les mères ont à dire, notamment à travers un livre-témoignages à la renommée internationale, Le Regret d’être mère. Elle y analysait ce phénomène lors d’un entretien donné à Madame Figaro en 2019 : «Dans une société qui sacralise la maternité (…), on laisse les femmes relâcher un temps cette pression, mais toujours en attendant qu’elles finissent par se ressaisir, sans véritablement comprendre leur détresse et procéder à de vrais changements pour leur bien-être.»

Des voix émergent pour déconstruire l’idée reçue selon laquelle l’aveu nuit à la relation qu’entretient une mère avec son enfant. «Ma mère nous a voulu mais ça a été très dur pour elle, rapporte @Foxies16. Parce qu’aux moments de joie intense ont succédé des moments d’incompréhension, de peur, de colère, de doute.» Avant de conclure : «C’est normal et ça ne fait en aucun cas de ces femmes des mauvaises mères.»

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