Barack Obama a livré un plaidoyer en faveur de « l’empathie » sur France 2

L’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama, était sur France 2 mardi 17 novembre au soir, dans le 20 heures, pour présenter son livre Une terre promise. Interviewé par François Busnel, l’animateur de l’émission littéraire La Grande Librairie, Barack Obama a rassemblé 5,9 millions de téléspectatrices et téléspectateurs. Auxquels il a délivré un message, tissé comme un fil rouge tout au long de l’interview : pour mettre fin aux divisions qui nous minent, il est important de se mettre à la place de l’autre, de « voir l’humanité » de celles et ceux qu’on qualifie de « victimes » ou « d’accusés », et qui sont avant tout simplement des humains, « des personnes entières ».

Voici quelques moments forts ou tout simplement intéressants.

Comment après deux mandats de Barack Obama arrivons-nous à Donald Trump ?

Barack Obama s’inquiète que « notre démocratie semble vaciller » et que les Etats-Unis soit un pays « divisé ». Il ne l’attribue pas seulement à Donald Trump mais juge que cela a été « accéléré par sa présidence ». L’élection de Trump selon lui est due « aux divisions liées à la mondialisation » :

« Les habitants des zones urbaines ont mieux réussi économiquement et ont adopté un point de vue plus cosmopolite, ont encouragé la diversité, tout cela a laissé aux gens qui vivent dans des zones rurales le sentiment qu’ils avaient perdu leur statut. Des médias de droite ont attisé tous ces ressentiments et ont encouragé les gens à penser que l’Amérique qu’ils connaissaient n’existait plus. »

Nicolas Sarkozy, quelqu’un « qui aimait qu’on fasse attention constamment à lui »

Interrogé par François Busnel sur Nicolas Sarkozy, dont il écrit dans son livre qu’il est un « un coq nain qui bombe le torse », Barack Obama a répondu de manière plus policée : « J’ai trouvé que Sarkozy était un partenaire important, Nicolas c’est quelqu’un qui est constamment en mouvement, qui aimait qu’on fasse attention constamment à lui »

Un appel à l’engagement de la jeunesse : « L’effort en vaut la peine »

A plusieurs reprises Barack Obama a interpellé la jeunesse, « pleine d’impatience ». « Je n’étais pas si différent de vous quand j’avais 20-22 ans ». L’ancien président américain avait à cœur d’expliquer à cette jeunesse que les dirigeants ne sont pas des êtres humains si différents d’eux. Barack Obama s’est décrit comme quelqu’un qui « jusqu’en 2008 lavait sa propre voiture et s’inquiétait de payer des factures ».

L’ancien leader a répété qu’il ne fallait pas que la jeunesse se décourage, qu’elle se replie sur soi : « Au jeune homme que j’étais je dirais que l’effort en vaut la peine. Quelle aventure que d’essayer de rendre le monde meilleur ! »

Un éloge de l’empathie : « J’essaie de comprendre mes adversaires »

C’est le fil rouge de cette interview : comme à de nombreuses reprises par le passé depuis l’élection de Donald Trump, Barack Obama s’est lancé dans un plaidoyer en faveur d’une véritable écoute, y compris de ses adversaires. Interrogé après un visionnage d’une vidéo de Toni Morrison, l’écrivaine américaine Prix Nobel de littérature, qui a loué son intelligence, son humanité et son « absence d’arrogance », Barack Obama s’est dit « très touché ». Il s’est ensuite lancé dans une comparaison entre la littérature et la politique :

« La bonne littérature vous sort de vous-même et vous met à la place de personnes dont la vie est totalement différente de la vôtre, et c’est ainsi que vous découvrez qui vous êtes réellement (…) Parfois la politique fait la même chose, elle prend des gens d’horizons très différents et dit “eh vous savez quoi, il y a un fil conducteur entre vous”. Nous avons tous une histoire personnelle mais nous avons aussi une histoire commune en tant que peuple. J’essaie quand je parle de mes adversaires de comprendre ce qu’ils pensent. Cela ne veut pas dire que je suis toujours d’accord, mais c’est une des façons de sortir de l’impasse et des conflits que nous voyons aux Etats-Unis et dans le monde occidental. C’est pouvoir regarder l’autre d’une manière qui reconnaisse son humanité et ses intérêts. Et ça nous ne le faisons pas assez. »

Le président a aussi regretté l’impact des réseaux sociaux et de la culture de l’instantanéité : « Nous sommes devenus une culture visuelle qui pense en termes de spectacle, de bruits, de conflits, parce que cela fait toujours de la bonne télévision. Alors que le débat, l’empathie, l’écoute, ne sont pas toujours passionnants à la télévision. Cela n’attire pas autant de clics. »

L’empathie appliquée à la question raciale

Fort de cette philosophie, Barack Obama a jugé qu’il était nécessaire d’aborder la question raciale sans penser « en tant qu’accusés ou victimes ». « Nous devons voir l’humanité de ceux qui étaient au sommet de la hiérarchie raciale, ainsi que l’humanité de ceux qui ont souffert, et être capables de les voir comme des personnes entières » a-t-il estimé, jugeant qu’il était nécessaire de tenir deux choses en même temps. Travailler sur la question raciale, qu’on ne peut pas selon lui simplement remiser au placard. Tout en reconnaissant « que beaucoup d’Américains blancs réagissent mal si on leur dit qu’ils sont coupables des injustices commises il y a 50 ans ».

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