Témoignage : "Je me bats contre les trafiquants d'animaux sauvages"

Ajoutez cet article à vos favoris en cliquant sur ce bouton !

Félins, éléphants, singes… Chaque année, des milliers d’animaux disparaissent, transformés en trophées de chasse ou en faux remèdes “miracle”. Un fléau que Julie combat au péril de sa vie.

Julie Lasne, spécialiste de la vie sauvage. Pour protéger les animaux, elle s’attaque à des trafics juteux. Un danger qui n’empêche pas Julie de dénoncer ces pratiques illégales, en suivant la trace des fauves des fermes d’élevage aux parcs d’attraction. Afin que les animaux restent vivants. Et libres.

Julie a délaissé le confort des bureaux pour s’immerger dans la jungle du Brésil et d’Indonésie et la savane africaine. Recensant les animaux, essayant de comprendre leur comportement et d’évaluer leurs chances de survie dans leur milieu naturel de plus en plus dégradé, elle sensibilise le public à leur sauvegarde. Inlassablement, elle va sur le terrain aider les habitants à mieux cohabiter avec les espèces sauvages, tout en alertant contre les dérives de la chasse.

“Je voulais changer le monde”

“J’ai commencé ma vie professionnelle dans la publicité. Un moyen de sensibiliser le plus grand monde aux questions humanitaires. J’ai fait des campagnes pour de grandes ONG. On ne peut s’intéresser à la faim dans le monde sans prendre en compte l’environnement, la faune et la flore car tout est lié. Le problème : une même agence peut faire une campagne pour une fondation qui défend les animaux et une autre pour un groupe pétrolier. Face à cette contradiction, j’ai décidé de créer une agence éthique dévolue aux grandes causes.

“La nature me passionne depuis toujours”

Petite, je soignais tous les animaux que je trouvais, je dévorais Géo, National Geographic et les livres du commandant Cousteau. A 7 ans, je vendais des calendriers pour l’association WWF et j’expliquais aux gens la disparition du panda et des animaux sauvages. Majeure, je suis partie sur le terrain, bénévole pour la protection des fauves et des grands singes. J’y consacrais mes vacances tout en préparant une thèse de marketing et de management en vue de ma future agence. Puis, le champ de l’éthique étant très vaste, j’ai recentré mon action sur les animaux. Mais connaître très bien son sujet ne suffit pas pour être écouté si l’on n’a pas une expertise scientifique. Alors j’ai entrepris un master en biologie du comportement.Très intéressée par les fauves, extrêmement menacés, je réfléchissais à leur reproduction et leur réintroduction dans leur milieu naturel. Je suis partie au Malawi dans ce but pour une lionne saisie dans un cirque et un lion maintenu dans une remorque et qui n’avait pas vu de congénère depuis 8 ans. J’évaluais leur possibilité de s’entendre.

“Des animaux sauvages élevés pour la chasse”

Là-bas, j’ai reçu une proposition de travail qui consistait à conduire ce programme (reproduction et réintroduction en milieu naturel) avec des fauves. Une mission bien payée, logée dans un lodge cinq étoiles. Intriguée, j’ai posé des questions sur l’origine des animaux prévus pour l’ouverture du centre aux touristes : beaucoup de “programmes scientifiques” cachent un trafic d’espèces sauvages. Les touristes peuvent faire des selfies avec les animaux, les caresser, leur donner le biberon. Or un animal habitué à l’homme ne pourra survivre dans son milieu naturel. Dans ces faux sanctuaires, les animaux sont revendus pour servir de cibles à la chasse et le commerce de leurs os sur le marché asiatique. On leur prête des vertus aphrodisiaques et le vin de lion ou de tigre se vend à prix d’or. J’ai essayé d’en savoir plus sur le centre qui voulait m’embaucher. On m’a répondu que je posais trop de questions. C’est alors qu’est parue dans la presse la photo d’un lion tiré par les pattes arrière et traîné jusqu’à un enclos. Tellement choquée, j’ai décidé de m’engager contre la chasse “en boîte”, où les chasseurs viennent tuer des fauves enfermés dans des parcs.

“Les lionnes sont tuées, leurs petits exploités”

Aux côtés de l’Ong Cach (Campaign Against Canned Hunting), j’ai enquêté sur les trafics et infiltré des structures prétendument scientifiques. Je me suis fait passer pour une investisseuse qui voulait acheter un terrain auprès d’un riche propriétaire possédant plus de 200 fauves. J’ai logé chez lui une semaine et découvert qu’il faisait partie des informateurs repérant pour eux les lionnes et leurs petits dans la nature, tuent la lionne sur place et rapportent les petits pour leur élevage. Le plus difficile : faire semblant de trouver ces horreurs normales. Mais un soir, ces gens m’ont vue manger une salade, ce qui leur a paru suspect car ils se nourrissent surtout de viande : ” Tu ne serais pas une saloperie de greenie (verte) ?“. Le lendemain, ils m’ont enfermée dans un enclos avec des lions qui ont commencé à m’attaquer. J’ai hurlé à la personne qui m’accompagnait de filmer. Ils ont eu peur que le résultat se retrouve sur internet et sont entrés avec des gourdins pour écarter les fauves. Je suis partie le jour suivant.

“Des heures à les observer”

Dans la nature, les fauves ne cherchent pas la confrontation et si l’on respecte une distance de sécurité, en restant discret et neutre. Ne pas mettre de shampooing au miel dans une zone où il y a des ours, ni de déodorant. En regardant les animaux de près, on voit leur grande sensibilité. Je me souviens de ce bébé singe hurleur, enlevé par des trafiquants pour être vendu sur les marchés. Il se laissait mourir de faim. J’ai passé six heures avec lui à lui parler singe, comme si j’étais sa mère et finalement il s’est mis à me parler, s’est accroché à mes cheveux et je lui ai donné le biberon . On est tous déprimés quand on voit les trafics qui augmentent, la déforestation, le nombre d’éléphants et de lions sauvages qui a terriblement chuté. C’est effrayant. Mais plus le public sera informé, plus on pourra faire avancer les choses. On n’a pas le droit de renoncer.”

A lire aussi :

⋙ Pourquoi les animaux sont-ils souvent la cible de notre violence ?

⋙ Témoignage : “J’ai traversé, seule et à pieds, des terres impénétrables”

⋙ Témoignage : “Chacun de nous peut changer le monde”

⋙ Témoignage : “Mon combat, nettoyer la montagne”

Nos meilleurs conseils chaque semaine par mail, pendant 2 mois.
En savoir plus

  • Des menus simples et délicieux
  • Des exercices sportifs ludiques
  • Nos astuces pour vous affiner

Source: Lire L’Article Complet