7 expressions médicales décryptées

Ils sonnent comme des vérités et on se les récite sans toujours les remettre en question. Mais ils tiennent parfois plus de la sagesse populaire que de la connaissance médicale. Notre décryptage.

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“Petit-déjeuner comme un roi, déjeuner comme un prince et dîner comme un mendiant”

Pas très sérieux. L’adage aurait vu le jour après-guerre pour promouvoir l’idée d’un petit-déjeuner à base de céréales et de tartines de pain. À cette époque, l’industrie céréalière se développe considérablement aux États-Unis et ce joli petit mantra répond surtout à un besoin… économique ! “Je conseillerais plutôt… de tout inverser !, commente Kahina Oussedik-Ferhi, notre experte. Au réveil, on a un effort physique et cérébral à fournir. Le corps est en mouvement. Un petit déjeuner basé sur du sucré n’a aucun sens : l’organisme en a suffisamment dans le sang à ce moment-là. En revanche, du pain complet, des protéines (œuf, jambon, fromage) et de bons acides gras sont les bienvenus. Au déjeuner, si on ne peut pas faire de sieste ensuite (comme un prince !), mieux vaut faire plutôt léger et terminer par une boisson chaude et réconfortante. Le soir, en revanche, on se prépare un dîner plus copieux, qui respecte les bonnes combinaisons alimentaires. Une salade tomate-avocat pour l’apport en polyphénols ; un poisson accompagné de poireaux ou d’endives cuites ; et un yaourt de chèvre ou de brebis pour nourrir le microbiote, par exemple.”

“Une pomme par jour éloigne le docteur pour toujours”

Il y a du vrai là-dedans. Pour en avoir le cœur net, une équipe britannique a mené l’enquête. Ce fruit, riche en polyphénols et en fibres, aurait un effet sur le taux de lipides dans le sang. Les chercheurs ont donc proposé une expérience à un groupe de personnes ayant un taux de cholestérol modérément élevé. La moitié mangerait quotidiennement deux pommes, l’autre les remplacerait par une boisson isocalorique. Résultat : les croqueurs de pommes ont effectivement vu leur taux de mauvais cholestérol baisser par rapport au groupe témoin. Leur fonction endothéliale (qui maintient une bonne dilatation des vaisseaux) s’est également améliorée. Cependant, la cure fruitière n’a eu aucun effet sur la pression artérielle et les marqueurs classiques des maladies cardio-vasculaires. Mieux vaut donc garder les coordonnées de son généraliste !

“Qui dort dîne”

Mauvaise idée ! Pendant la nuit, le corps peut enfin se consacrer totalement à la digestion, il faut donc lui donner de la matière ! “Je conseille de dîner environ une heure trente avant de se coucher, précise Kahina Oussedik-Ferhi. La poche gastrique a alors toute une nuit de ‘tranquillité’, sans agitation, pour une bonne transformation du bol alimentaire. Dans la vésicule biliaire, le stock de bile (qui facilite la digestion) va être remis à niveau et l’organisme se régénère pour préparer le jour suivant.” En outre, supprimer le repas du soir risquerait d’entraîner une nuit morcelée moins réparatrice. Et au matin, la faim pousserait à faire des excès.

“Veux-tu rester en bonne santé, suis ce régime : ne mange point sans en avoir l’envie”

Léonard de Vinci, l’auteur de ce conseil, a bien raison. “C’est vrai ! Lorsqu’on ne ressent pas de faim, c’est que l’équilibre du corps est respecté, assure Kahina Oussedik-Ferhi. Aujourd’hui, on a trop tendance à manger… par peur d’avoir faim.” La spécialiste conseille au contraire d’apprendre à ressentir la satiété, en mastiquant au moins dix à quinze fois chaque bouchée.

“Les personnes les plus optimistes ont deux fois plus de chances d’être en bonne santé que les personnes plus pessimistes”

C’est exact. Cette affirmation de Melki Rish, consultant en développement personnel, ne sort pas de nulle part. En 2015, des chercheurs ont étudié la relation entre la capacité à voir “le verre à moitié plein” et la santé cardio-vasculaire. Les données de plus de 5 000 Américains (alimentation, pression sanguine, tabagisme, taux de cholestérol, IMC…) étaient croisées avec leurs réponses à un questionnaire sur leur degré d’optimisme et leur état physique et mental. Résultat : les profils les plus positifs avaient deux fois plus de chances d’avoir une meilleure santé cardio-vasculaire que les plus soucieux. D’autres recherches avaient déjà montré le lien entre l’optimisme et la prévention des AVC, la force du système immunitaire ou encore la longévité. Probablement parce que cet état d’esprit induit aussi une activité physique et sociale plus soutenue, et moins d’addictions ou de conduites à risques.

“En s’imaginant qu’on est malade, on le devient en effet”

La science confirme cette affirmation du philosophe François Droz. De nombreuses études ont en effet montré l’impact des émotions négatives sur le risque de tomber malade ou d’aggraver une maladie. Lorsque l’anxiété découle d’une sensation douloureuse, le cerveau a tendance à se focaliser dessus et à amplifier ce ressenti. Ainsi, certaines personnes souffrant du dos préfèrent limiter au maximum leurs mouvements, de peur de se faire encore plus mal. Cette immobilité les conduit à penser davantage à ces tensions et donc… à se sentir encore plus mal. Il faudrait au contraire “remettre de l’huile dans les rouages” et maintenir une activité modérée pour que la lombalgie ne s’aggrave pas. L’importance de la psychologie a également été montrée lors d’études sur l’effet nocebo (l’opposé néfaste du placebo). Des patients persuadés que leur médicament allait entraîner des effets secondaires les ont perçus. En réalité, leur “traitement” était totalement inerte et sans effet possible.

“Si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui demander s’il est prêt à supprimer les causes de sa maladie. Alors seulement il est possible de l’aider”

L’adage d’Hippocrate a tout du bon sens. Un malade, fumeur invétéré par exemple, a tout intérêt à jeter ses paquets sous peine d’endurer des soins moins efficaces. Encore faut-il connaître les causes du mal (elles sont parfois multiples ou cachées) et trouver suffisamment de volonté pour les supprimer. Quelqu’un qui ne croit pas en son traitement ou qui refuse de voir l’origine de sa pathologie partira avec moins d’atouts en poche. À l’inverse, plusieurs études ont montré qu’un patient actif dans le combat contre sa maladie pouvait améliorer ses chances de guérison. En France, une loi établie en 2009 reconnaît d’ailleurs un droit à une “éducation thérapeutique” sur sa maladie. Un moyen de donner les clés disponibles pour recouvrer la santé.

“Qui se couche gelé se lève en santé”

Purement fantaisiste ce proverbe provençal ! Pour bien dormir, la température interne de notre corps doit avoisiner les 36 °C (contre 37 °C dans la journée). Sous les draps, 28°C à 30°C assurent un bon confort thermique, tandis que la température de la pièce doit se situer entre 16 °C et 18 °C. “S’il fait plus froid, le corps lutte contre en frissonnant, effort qui perturbe le sommeil,” explique la Dre Joëlle Adrien*. Pas question donc de se coucher frigorifié sous peine de voir son sommeil – et finalement sa santé – s’altérer rapidement !

* Joëlle Adrien est neurobiologiste et directrice de recherches à l’Inserm, auteure de Mieux dormir et vaincre l’insomnie (éd. Larousse).

Merci à notre experte Kahina Oussedik-Ferhi, nutritionniste et docteure en biochimie alimentaire, coauteure de La Magie de la digestion (éd. Intereditions).

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