« J’ai une tête à chapeau » : Jérôme Lavrilleux ironise au procès Bygmalion

Entendu dans le cadre du procès Bygmalion, Jérôme Lavrilleux, un des principaux prévenus, s’est amusé de la tendance à lui faire porter l’entière responsabilité de ce système de financement frauduleux de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

Même interrogé par la justice, Jérôme Lavrilleux conserve une dose d’humour. Il était ce jeudi 3 juin à la barre du tribunal correctionnel de Paris, où se tient le procès Bygmalion. Il a raillé certains des 13 autres prévenus qui comparaissent à ses côtés : “Il faut faire porter le chapeau à quelqu’un et, visiblement, j’ai une tête à chapeau“. Derrière la plaisanterie, le constat de l’ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 : “Depuis une semaine, le sport a consisté à oublier tous les noms sauf le mien“. Devant la cour, il oscille entre l’ironie et l’agacement comme le rapporte France Inter, admettant : “Mon avocat m’a pourtant dit de ne pas m’énerver…”

Car Jérôme Lavrilleux ne se dédie pas de sa responsabilité dans l’affaire Bygmalion, feuilleton politico-judiciaire autour du dépassement du plafond autorisé des dépenses de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. C’est lui qui avait d’ailleurs reconnu, en direct sur le plateau de BFMTV, l’existence d’un système de double facturation, en vue de masquer l’excès. “Je reconnais avoir participé à un financement illégal de campagne. J’ai juste un problème de temporalité avec certaines versions“, répète l’ancien député européen. Car de l’autre côté, il y a la version de Franck Attal. Le responsable de la filière événementielle de Bygmalion, également prévenu au procès, soutient que Jérôme Lavrilleux lui demande de “ventiler” le trop-plein des comptes de campagne sur les comptes de l’UMP, à la mi-mars 2012. Le directeur adjoint de la campagne organise alors les meetings, et les multiplie, mais sans avoir de visibilité sur le budget. Il affirme ainsi “À ce moment là, je ne sais pas qu’on va dans le mur“.

Les versions divergent à ce moment précis du calendrier, en mars 2012 : “À la mi-mars, Franck Attal me dit qu’il a un problème : certains de ses fournisseurs n’ont pas été réglés, car lui-même n’a pas été payé par la campagne”, se rappelle Jérôme Lavrilleux. “Je lui dis, ‘tu changes l’intitulé du contrat, tu factures à l’UMP et ils se débrouilleront. Après, le problème est réglé, Franck Attal fait tous les meetings“.

Pas “décideur”, plutôt “plouc de service”

Mais il continue de nier être à l’origine du “système de ventilation“, surtout quand la présidente du tribunal correctionnel lui fait remarquer “Vous me dites qu’à ce moment là, vous êtes décideur et vous lancez le système de ventilation ?“. Non, cela, il n’en prendra conscience qu’après la campagne. Son explication : “Après la campagne, quand tout le monde se barre, il ne reste que les ploucs de service pour régler le problème. Alors il y a des documents signés à l’arrache.“. Ces documents, autorisants les frais, n’auraient été signés de sa main qu’après le second tour, selon lui. Mais Jérôme Lavrilleux garde la tête haute, même quand elle porte le chapeau : il reste très évasif quand il s’agit de désigner sur les responsables du système. Est-ce son supérieur, le directeur de campagne, Guillaume Lambert ? Esquive du prévenu du jour : “Je préfère penser que c’est de l’incompétence“.

Crédits photos : Christophe Clovis / Bestimage

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