Tu ne tueras point sur France 3 : pourquoi il faut (re)voir le film de Mel Gibson

Sorti en 2016 et diffusé ce soir sur France 3, le très solide film de guerre “Tu ne tueras point” marquait le grand retour derrière la caméra de Mel Gibson, qui n’avait plus rien réalisé depuis 10 ans, devenu persona non grata à Hollywood.

Dix ans. Il aura fallu attendre dix longues années, avant de retrouver en 2016 avec bonheur Mel Gibson derrière la caméra. C’est que l’intéressé revenait de loin : il n’avait plus rien réalisé depuis son très impressionnant Apocalypto. Celui qui fut jadis au faît de sa gloire avec la moisson d’Oscars réalisé par son Braveheart en 1995, puis le triomphe absolu -non sans polémiques- de sa Passion du Christ et ses 612 millions de dollars de recettes au Box Office, est devenu Persona Non Grata à Hollywood en 2006. Lui qui a rapporté au Box Office hollywoodien au cours de sa carrière plus de 3,6 milliards de dollars de recettes était désormais abonné à la triste rubrique des faits divers, entre des accusations de violences conjugales, ses problèmes d’alcool et ses multiples saillies antisémites et racistes. Longtemps tolérante envers les dérapages de Mad Mel, Hollywood avait fini par lui tourner le dos, plombant à peu près tous ses projets artistiques. Gibson était devenu toxique et infréquentable.

Pour ce fondamentaliste chrétien, Tu ne tueras point tient lieu de résurrection, même si Gibson signe pour la première fois un film dont il n’est pas à l’initiative. “J’ai envoyé le scénario de Tu ne tueras point à Mel en 2002, puis en 2010 et enfin en 2014. Ses agents l’avaient lu, mais jusqu’à ce que je le lui fasse parvenir pour la troisième fois, il avait préféré se concentrer sur ses propres projets. En 2014 cependant, il l’a lu d’une traite et dès le lendemain matin, il acceptait de prendre les rênes du film” expliquait alors le producteur du film Bill Mechanic.

Le film raconte l’histoire vraie et incroyable de Desmond Doss – interprété par un Andrew Garfield très habité et nommé à l’Oscar du Meilleur acteur – qui s’engage dans l’armée, déterminé à sauver des vies sur la ligne de front en tant qu’infirmier, mais qui refuse de porter une arme à feu, par conviction religieuse. Son refus d’infléchir ses convictions lui valent d’être rudement malmené par ses camarades et sa hiérarchie. Et c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés. Un exploit hors norme qui lui a valu d’être décoré de la médaille d’honneur du Congrès, la plus haute distinction qu’un américain puisse reçevoir, des mains même du président des Etats-Unis. “Cela met en lumière ce que cela signifie pour un homme de conviction et de foi de se retrouver dans une situation infernale… Et, au milieu de ce cauchemar, cet homme est en mesure d’approfondir sa spiritualité et d’accomplir quelque chose de plus grand”, expliquait Mel Gibson.

Violence, religion et sacrifice : une trinité qui est le moteur et la matrice du cinéma gibsonien depuis son Braveheart, avec une grande constance. En 1995, sous les traits de William Wallace, le héros du peuple écossais luttant pour son indépendance, celui-ci hurlait, sous la torture, un “liberté !”, avant de rendre l’âme. Un cri de ralliement jeté à la face des anglais tandis qu’il se sacrifiait en donnant sa vie pour un idéal en devenir. La violence et le sacrifice, peut être encore plus marqués, dans La Passion du Christ et son formidable film suivant, Apocalypto. Le premier est un sacrifice métaphysique et spirituel, tandis que le Christ fait Homme vivait sa Passion; c’est-à-dire, au sens étymologique du terme, sa souffrance. A l’écran, un flot de chairs meurtries, lacérées, sanglantes. Bien trop diront certains, critiquant le simplisme de la vision du cinéaste. Apocalypto quant à lui, dont il faut toujours réévaluer la puissance de la mise en scène et le sens du spectacle du cinéaste, mettait en scène un jeune chef de village cherchant à sauver sa famille des griffes d’un peuple Maya sur le déclin pratiquant le sacrifice humain à grande échelle.

Tu ne tueras point reprend la figure du sacrifice volontaire et individuel de La Passion du Christ, mais dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Ici, le sacrifice de Doss, celui qui consiste à faire la guerre pour sauver ses camarades blessés au combat, est sublimé par la vision de l’Enfer même qu’il est censé avoir refusé. Placant le (télé)spectateur dans la position du soldat, Gibson l’immerge alors dans une gigantesque boucherie à ciel ouvert, d’une sauvagerie complètement folle, où Desmond Doss, tel un ange gardien, voire même carrément un saint, ramène à la vie les corps suppliciés et agonisant de ceux qui sont tombés au front.

Si le film n’est pas exempt parfois d’une certaine naïveté ou de maladresse, en tout cas dans sa première partie, le film offre des scènes de bataille comme on n’en avait plus vu depuis la désormais fameuse scène du débarquement de Il faut sauver le soldat Ryan, qui fut pendant longtemps le mètre-étalon. Quoi qu’on puisse penser de l’homme, le cinéma de Mel Gibson reste toujours autant porteur d’une puissance visuelle peu commune.

Tu ne tueras point, diffusé sur France 3 ce soir – Film interdit aux moins de 12 ans.

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