Nicolas Cage retrace "L'histoire des gros mots'" dans une série documentaire décalée

Saviez-vous que le mot “bitch” viendrait de “bicce”, un ancien mot anglais pour désigner une chienne ? Vous l’apprendrez grâce à la nouvelle série documentaire L’histoire des gros mots, ou History of swear words, disponible sur Netflix en version originale sous-titrée depuis le 5 janvier 2021. Assis dans un fauteuil matelassé au coeur d’une bibliothèque chic, l’acteur Nicolas Cage se fait guide touristique d’un “voyage à travers l’histoire, l’évolution et l’impact culturel des gros mots”.

Une exploration qui se divise en six épisodes revenant sur les racines des gros mots anglais les plus populaires soit “Fuck”, “Shit”, “Bitch”, “Dick”, “Pussy”, et “Damn”. La construction de ces gros mots et leurs évolutions sont décortiquées par différents experts. Alors que plusieurs linguistes et historiens détaillent le processus de création de ces injures, un éclairage scientifique vient exposer le pouvoir des insultes sur le corps humain. Entre ces séquences plutôt didactiques se glissent des pilules qui se veulent humoristiques, avec des comédiens populaires outre-atlantique tels Sarah Silvermann ou encore Nick Offerman. Des blagues qui tombent souvent à plat et que l’on écourterait volontier afin de retrouver le personnage décalé de Nicolas Cage, et les intéressantes explications des spécialistes.

Retour aux origines

“D’où vient ce mot alors ?” interroge Nicolas Cage, remontant avec le spectateur aux sources de la langue anglaise. L’insulte est ici un objet historique à analyser. L’étymologie de chaque mot est exposée par différents linguistes dont Kory Stamper, une lexicographe qui a édité le dictionnaire Merriam-Webster, la bible de l’anglais américain. Les explications sont ludiques et souvent étonnantes : on apprend ainsi que “fuck” n’a aucun lien avec la sexualité lorsqu’il apparait au 5e siècle. Stupeur également lorsque l’on apprend que “dick” est au départ un surnom populaire qui se rapporte au prénom Richard. 

Le documentaire ne se limite pas à raconter la genèse des insultes, il met un point d’honneur à suivre l’évolution de son usage et de sa popularité. Exemple :  le mot “bitch” connaît un pic en 1920 lors du mouvement des suffragettes, puis dans les années 60-70 avec les mouvements féministes. L’injure devient le miroir d’une société à un instant T.  

“Jurer, un vieux réflexe évolutif”

Les gros mots sont perçus dans toutes les langues comme grossiers, indécents, tabous. Ce sont d’ailleurs ces mêmes mots que l’on défend aux enfants d’utiliser dès leur plus jeune âge. Des expressions que l’on essaie de cacher, parfois même d’enterrer comme l’expose Nicolas Cage en consultant la définition de “bitch” dans le dictionnaire. “Une chienne. Aucune mention de la façon dont 99,99% des gens utilisent le mot. De quand date ce dictionnaire ? 1885 ? Non, il date de 2015 !” lâche-t-il en s’agitant dans sa bibliothèque, consterné.

Jurer est pourtant bien plus naturel que l’on ne le pense et les épisodes sont là pour nous le prouver. La série explique notamment que “jurer est un vieux réflexe évolutif” qui viendrait “d’une zone du cerveau que l’on partage avec d’autres primates, mammifères et lézards”. Les insultes attendraient patiemment dans une zone enfouie du cerveau, et leur usage s’accompagne d’une poussée d’adrénaline, une hormone qui nous rend plus fort. Une explication scientifique plaisante qui a le mérite de déculpabiliser immédiatement le spectateur. L’expérience alors menée sur les comédiens prouve que l’insulte permet d’endurer la douleur. Déblatérer des noms d’oiseaux lorsque l’on tape son orteil sur le coin de la table basse est donc instinctif et cathartique ! 

L’impact de la pop culture 

L’insulte est aussi un mot pour se faire entendre, une expression pour protester et un moyen de s’imposer. Pour préciser l’impact de la pop culture sur l’évolution des mots, Elvis Mitchell, critique cinéma et présentateur de l’émission The Treatment, intervient tout au long de la série. La pop culture s’empare des insultes et leur attribue une fonction artistique : le groupe de rap NWA chante Fuck Tha Police alors même que l’expression est, à cette époque bannie en société. L’art permet finalement à l’une des injures les plus vulgaires de s’ancrer dans la langue anglaise et de devenir le gros mot le plus utilisé chez les anglophones.

Les insultes sont en constante évolution, entre construction et déconstruction. Elle est une arme que l’on se réapproprie pour s’affirmer. Le mot “pussy” en est la preuve. Utilisé pour désigner l’appareil génital féminin, il est également fréquemment employé pour désigner péjorativement un homme peureux. Le mot devient offensant en rapprochant l’homme de comportements prétendument féminins. Pour contrer cet usage, plusieurs rappeuses comme Foxy Brown ou Lil Kim ont récupéré le terme et l’ont détourné pour parler de leur sexe comme d’un outil puissant qui pourrait faire tomber n’importe quel homme à leurs pieds. Une façon, pour elles, de détourner une insulte misogyne. 

Au final une série documentaire pour les amoureux de la langue anglaise, curieux d’en apprendre un peu plus sur l’histoire des gros mots ! Même si l’humour à l’américaine n’est pas votre tasse de thé, la performance de Nicolas Cage, les illustrations et l’explication des experts interrogés, valent le détour. 

La fiche 

Genre : série documentaire
Par : Bellamie Blackstone
Pays : États-Unis
Durée : 6 x 20 min
Sortie : 5 janvier 2021
Diffusion : Netflix, VOD

Synopsis : Nicolas Cage interroge des historiens et des experts en étymologie pour explorer l’origine des gros mots et leur impact sur la culture populaire.

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