Marina Popov, ancienne patineuse  : “Le sport de haut niveau peut vous détruire”

Ancienne promesse du patinage artistique, à 21 ans, elle en est déjà à sa deuxième vie. Retour sur ses années d’entraînement hautement toxiques dans Infrarouge: Sport et violences sexuelles, la fin du silence? sur France 2, mercredi 11 mai à 23 h 45.

Vous avez accepté de rechausser vos patins pour une Ice thérapie, un stage organisé par le chorégraphe Benoît Richaud. Était-ce un moment heureux ou douloureux ?

MARINA POPOV : Heureux, parce que ça fait du bien de retrouver le plaisir de la glisse et de formuler les souffrances vécues dans un milieu qui a commencé par nous séduire avant de nous détruire. Ma famille est originaire de Russie où le patinage est un sport national. Ma mère m’a mise sur des patins à 5 ans et petit à petit, je me suis fait avoir.

Où est le point de bascule ?

Quand on est douée, on goûte vite à la réussite et on est piégée par l’envie de toujours aller plus haut, plus loin. La deuxième strate, c’est le coaching basé sur l’abus de pouvoir pour faire avancer les athlètes. La fameuse méthode russe qui faisait que j’ai passé tous les après-midi de mon adolescence à la patinoire.

Vous perdez votre mère à 13 ans et l’étau se resserre autour de vous. Quand allez-vous prendre conscience de l’emprise de votre coach ?

Je crois que j’ai toujours su que quelque chose n’allait pas. Elle soufflait le chaud et le froid, mais je voulais patiner. C’est la seule chose qui me faisait tenir debout. J’étais blessée, je souffrais le martyre, mais on m’avait appris à serrer les dents. Aujourd’hui encore, j’ai ce comportement de ne pas montrer quand j’ai mal. Il faut que j’apprenne à me plaindre !

Un soir, votre coach vous insulte violemment et vous filmez la scène. Vous avez conscience de peut-être sceller son destin ?

C’est en rentrant chez moi que j’en ai pris conscience. J’ai envoyé la vidéo à plusieurs amies en garantie, et j’ai bien fait parce que j’ai fini par l’effacer tellement je culpabilisais. Après, j’ai perdu la main. Je n’ai jamais su qui l’avait envoyée à la fédération.

Et quelle a été la réaction officielle ?

Aucune réaction. Mais ça a permis à des athlètes et à des parents de briser le silence et d’intenter une action en justice contre la coach.

Aujourd’hui, vous êtes en fac de sport et avez pour projet de devenir une coach de nouvelle génération en patinage…

Je sais par expérience que malmener psychologiquement les sportifs est contre-productif. On peut les pousser à progresser sans les plonger dans une insécurité totale. J’espère que la nouvelle génération de coachs qui émerge de la faculté aura la même démarche et que nous ferons évoluer les choses.

Et si vous croisez une petite Marina ?

Je la mettrai en section Détection (formation qui a pour objectif la préparation à la compétition, ndlr), tout en cultivant avec elle le plaisir de patiner.

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