La Russie célèbre les 60 ans du premier vol spatial de Youri Gagarine : retour sur son influence décisive sur le cinéma de science-fiction

Après la fantaisie féérique de Méliès en 1902, Le Voyage dans la Lune, puis La Femme sur la Lune de Fritz Lang en 1929, Hollywood s’emparait de la science-fiction (SF) au cinéma. Un film ouvrait la vogue du genre, Destination Lune !, d’Irwing Pichel. Onze ans plus tard, le 13 avril 1961, Youri Gagarine (1934-68), le premier homme dans l’espace, bouleversait la donne. Historique, scientifique, politique, c’est tout le cinéma de science-fiction, alors très naïf, qui se trouvait rattrapé par le réel, l’obligeant à se réinventer.

Fierté russe

La Russie célébrait lundi 12 avril avec émotion les 60 ans du premier vol dans l’espace réalisé par Youri Gagarine en 1961. Il est resté un héros national et le symbole de la domination soviétique dans la conquête spatiale. Source de fierté immense en Russie, le vol de Gagarine est commémoré à un moment où l’industrie spatiale russe enchaîne les difficultés. Si le pays reste une grande puissance spatiale, il peine à se réinventer depuis la disparition de l’URSS.

Le président Vladimir Poutine s’est déplacé à Engels, 700 kilomètres au sud-est de Moscou, sur le site de l’atterrissage du cosmonaute où un mémorial a été édifié en l’honneur de ce vol historique. Le 12 avril 1961 à 09H07, heure de Moscou, c’est par une phrase enjouée restée dans les mémoires que Youri Gagarine avait commencé sa mission. “C’est parti !“, lançait-il avant de décoller à bord d’un vaisseau Vostok depuis le cosmodrome alors ultra-secret de Baïkonour, dans la république soviétique du Kazakhstan. Son vol durera 108 minutes, le temps de réaliser une orbite autour de la Terre avant d’atterrir dans la steppe russe.

Le film relate la première mission lunaire américaine, sans se projeter dans le futur, mais dans les années 1950. Le film reste d’actualité, puisque la mission est financée par des fonds privés, en avance sur SpaceX d’Elon Musk, président de Tesla, qui envoie désormais des fusées révolutionnaires dans l’espace. Succès foudroyant, le film participe grandement à l’intérêt du public pour la conquête spatiale pré-naissante. Il n’ira que croissant dans les années 1950-60, jusqu’au premier alunissage américain le 20 juillet 1969. Une épopée autant scientifique que politique, mais aussi culturelle, notamment au cinéma.

Au milieu d’une foule de “séries Z” (sous “séries B”, c’est dire) Hollywood enfonce le clou en 1955 avec La Conquête de l’espace, où le réalisateur Byron Haskin (La Guerre des mondes, 1953) reprend la facture “documentaire” de Destination… Lune !, mais pour un voyage vers Mars. Succès encore, sauf en France où on déteste alors la science-fiction. Haskin avait adapté en 1953 De la terre à la Lune (1868) de Jules Verne, qui s’arrête au moment où les “cosmonautes” embourgeoisés du XIXe siècle entrent en orbite autour de l’astre sélène, comme dans le roman.

Trop occupé par l’épopée spatiale qu’ils vivent en direct à la télévision et dans la presse, les spectateurs laissent tomber des films taxés de ringards (Les Premiers hommes dans la Lune, 1958, Nathan Juran/Ray Harryhausen – d’apprès H. G Wells). L’Italie prend le relais dans des productions Bis au succès limité (La Planète des hommes perdus, 1961, Antonio Margheriti), ou concurrentielles d’Hollywood (La Planète des tempêtes, 1962 du Russe Pavel Klouchantsev,, dont de nombreuses images furent reprises dans l’américain Voyage sur la Planète préhistorique, produit par le recycleur de films avéré Roger Corman).

“2001, l’Odyssée de l’espace” et la course à la Lune

En 1964, Stanley Kubrick lance l’idée au célèbre auteur de SF et scientifique Arthur C. Clarke d’écrire ensemble le “meilleur film de science-fiction jamais réalisé”. Titré Voyage au-delà des étoiles, il deviendra 2001 : l’Odyssée de l’espace. L’espace qualifié de “nouvelle frontière” en 1960 dans un discours célèbre de John-Fitzgeral Kennedy, lance la “course à la Lune”. Les Etats-Unis la remportent en 1969, “avant la fin de la décennie”, comme l’avait prédit le président démocrate. Kubrick veut remporter sa propre “course à la Lune”, en sortant son long métrage avant l’alunissage programmé sans date précise. Après quatre ans de réalisation, le film sort en 1968 (moins d’un an avant l’alunissage de Neil Armstrong). Ouf !…

Le film reçoit un accueil critique et public mitigé, avant d’être plébiscité par la jeunesse et devenir un film majeur de l’histoire du cinéma, à côté de Citizen Kane (1941) d’Orson Welles. Entouré de 25 scientifiques, d’informaticiens et d’artistes “piqués” à la Nasa, Kubrick tient absolument à être respectueux des connaissances scientifiques sur l’espace, encore faibles à l’époque (aucune photo de la terre vue de l’espace n’existe, encore moins du sol sélène). Les vols spatiaux et sur la surface lunaire font l’objet de toutes son attention, pour ne pas être ridicules une fois l’alunissage attendu effectué. 2001 relève de la tendance “documentaire” dans le filmage contemplatif des vols spatiaux ou lunaires.

La qualité des effets spéciaux vaut un Oscar au film, sa seule récompense, l’Académie passant totalement à côté d’une œuvre majeure. Mais la science-fiction au cinéma s’en trouvera définitivement changée. Elle revient à la mode, déjà relancée par La Planète des singes (1967, Franklin J. Schaffner). Mais sans 2001, pas de Star Wars (1977), ni d’Alien (1980), encore moins d’Interstellar (2014).

Le triomphe de tous les films de science-fiction, depuis, est redevable à 2001. Tout comme ils le sont un peu aussi envers Gagarine, inspirateur du renouvellement du genre, une évolution toujours d’actualité depuis les années 1960. 

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