Paul Jarret invite Jim Black : quand une jeune pousse du jazz s’offre une pointure de la scène new-yorkaise

Aux côtés de Paul Jarret et de Jim Black, deux autres musiciens participent au projet musical que le guitariste a intitulé Ghost Songs : Jozef Dumoulin au Fender Rhodes, Julien Pontvianne au saxophone.

À la fin de l’année 2018, Paul Jarret, guitariste trentenaire membre du collectif Pégaz & L’Hélicon et impliqué dans différents groupes émergents de la scène jazz hexagonale, apprenait qu’il avait été élu Talent Adami Jazz 2019 parmi 35 candidats. À l’origine, ce dispositif de l’Adami, instauré à un rythme biennal en 2011, offre à un jeune musicien l’opportunité et les moyens de réaliser son rêve : collaborer avec l’artiste de renommée mondiale de son choix.

Pour Paul Jarret, 34 ans, ce rêve avait un nom : le batteur Jim Black, 51 ans, natif de Seattle devenu un pilier de la scène jazz contemporaine new-yorkaise. Conformément au réglement de l’Adami, l’artiste américain a donné son accord au jeune guitariste avant que ce dernier ne dépose son dossier de candidature.

Grâce à ce Prix, Paul Jarret s’est vu octroyer une enveloppe financière de 25.000 euros censée lui permettre de payer les salaires, les répétitions, la location d’un studio, le transport… De son côté, l’Adami prend en charge la diffusion et la promotion de son projet musical.

Avant même d’envisager l’enregistrement d’un album, ce rêve éveillé se confronte dans un premier temps à la réalité de la scène, plusieurs festivals de France et d’Europe étant associés au dispositif Adami Jazz. L’occasion de façonner et affiner la musique et le son de ce groupe hors norme. Ça a commencé le 9 juillet dernier au festival Jazz à Vienne. Ça se poursuit à Paris le 4 septembre (Jazz à la Villette), avant Bratislava en octobre, puis Londres et Jazz sous les pommiers l’an prochain.

Extrait du projet “Ghost Songs” de Paul Jarret

Franceinfo Culture : Paul Jarret, à quand remonte votre admiration pour Jim Black ?
Paul Jarret : À partir de mes 16, 17 ans, j’allais tout le temps à la médiathèque pour emprunter des disques au hasard, découvrir plein de choses. Je suis tombé sur un disque d’AlasNoAxis, l’un des groupes de Jim Black. Ça a été un choc. Ça m’a énormément plu. J’avais peut-être 18 ans. J’ai été captivé par cette espèce d’énergie rock, et en même temps, très sale, un peu grunge dans l’esprit. Quelque chose de destructuré qui se situait dans le jazz au niveau du jeu : c’est très rock, mais en même temps, c’est complètement dans l’interaction, dans l’improvisation.

Vous rêviez donc depuis longtemps de jouer un jour avec lui…
PJ : Je n’y pensais même pas ! Pour moi, c’était complètement inaccessible ! C’était un autre monde, une autre dimension. Donc quand j’ai découvert le principe du dispositif de l’Adami qui appelait à “réaliser votre rêve, le truc le plus fou”  avec ce genre d’artiste, je me suis dit : “Bon, on va tenter, de toute façon ça ne marchera pas !” Je suis allé sur le site de Jim Black et je lui ai envoyé un mail. Il m’a répondu très gentiment : “Ben oui, pourquoi pas ? Envoie-moi des extraits de la musique que tu fais et je te répondrai.” Jim connaissait déjà le pianiste Jozef Dumoulin avec qui il a joué ces dernières années. Ensuite, on a constitué le dossier pour l’Adami.

Non seulement Jim Black a accepté, mais l’Adami aussi ! Cela a dû vous combler !
PJ : Oui, d’autant plus que la musique que fait Jim n’est pas forcément la plus consensuelle. Et sachant que notre projet serait présenté sur des grosses scènes de grands festivals, je pensais que notre dossier ne serait pas retenu, que la musique serait jugée trop extrême, trop aventureuse… Je pense que mon dossier était bien construit. Quant à Jim, dans le milieu de la musique improvisée, les gens le connaissent et l’identifient très bien, même s’il n’est pas forcément connu du grand public. Maintenant, pourquoi est-ce que ma candidature a fonctionné, je n’en sais rien. Je suis fier de pouvoir présenter cette musique dans ce cadre.

Une fois que vous avez eu le feu vert de Jim Black, vous avez écrit toute la musique ?
PJ : Oui. Et tout le monde l’a découverte avant le show-case de présentation aux professionnels que nous avons donné à Paris, au Sunset, le 27 mai. Nous avons eu deux jours de répétitions avant ce premier concert. C’est un projet qui évolue au fur et à mesure, avec différents paliers…

Un autre teaser de “Ghost Songs”

N’est-ce pas compliqué de ne construire ce projet que de manière épisodique, de ne répéter qu’avant les concerts ?
Non, c’est pendant les répétitions que se décide la logistique du concert, et ensuite, la plus grande partie de ce qu’on fait, c’est de l’improvisation. Et c’est ce que Paul avait prévu. Il ne voulait pas écrire des partitions complètes, symphoniques ! Il sait qu’il a tendance à être un peu obsédé par le contrôle. Maintenant que nous connaissons le son du groupe, juste en laissant le temps faire son œuvre, dès que nous nous réunissons, nous pouvons démarrer à partir de ça, il n’y aura pas de difficulté. C’est déjà en route. Maintenant, s’il veut écrire, changer, peaufiner des choses, c’est son projet. C’est son groupe. Et je veux que ce soit lui qui prenne les décisions. C’est important.

Est-ce que Paul a écrit des indications particulières concernant la partie batterie du programme ?
Non, il a juste apporté les mélodies, on les a jouées. On s’est fait des suggestions. Quand vous êtes un improvisateur, votre premier réflexe est normalement le bon. Et si ce n’est pas la première intuition, ce sera la seconde. On essaye des choses, on se trompe jusqu’à ce qu’on arrive au bon résultat. C’est ce qui constitue un groupe : le partage des opinions de tous.

Paul Jarret et Jim Black en concert à Paris
Mercredi 4 septembre 2019, Cité de la Musique, Jazz à la Villette
Concert en triple plateau partagé avec les programmes respectifs des saxophonistes Guillaume Perret et Étienne Jaumet
Paul Jarret : guitare, compositions
Jim Black : batterie
Jozef Dumoulin : Fender Rhodes
Julien Pontvianne : saxophones
> L’agenda-concert de Paul Jarret 

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