Le géant du reggae et du dub Lee "Scratch" Perry est mort en Jamaïque à l'âge de 85 ans

Keith Richards le voyait comme “Le Salvador Dali de la musique“. “C’est un mystère. Le monde est son instrument. Il faut juste écouter”, ajoutait le guitariste des Rolling Stones au sujet du pionner du reggae et du dub Lee “Scratch” Perry, mort dimanche 29 août dans un hôpital jamaïcain, à l’âge de 85 ans, a annoncé le Premier ministre de Jamaïque Andrew Holness.

Une figure de la musique jamaïcaine à l’influence colossale

Sans lui et ses audacieuses expérimentations, la musique d’aujourd’hui ne serait pas tout à fait la même. Mentor de Bob Marley dont il a façonné le son à la conquête du monde, producteur de génie pour une tripotée de chanteurs jamaïcains, partie prenante de toutes les évolutions de la musique jamaïcaine, cette légende a aussi travaillé notamment avec The Clash, Paul et Linda McCartney, les Beastie Boys, George Clinton, Adrian Sherwood ou The Orb.

Ses expérimentations en studio ont eu une influence incalculable sur de nombreux genres musicaux, du hip-hop au dubstep, en passant par le grime et la dance-music en général.

Architecte du son de Bob Marley

Né en 1936 à Kendal, en Jamaïque, dans une famille très pauvre, Rainford Hugh Perry quitte l’école à 15 ans avant de s’installer à Kingston, où il débute sa prolifique carrière au fameux studio et label Studio One, recruté par le boss Clément “Coxsone” Dodd.

Gagnant ensuite en indépendance, il monte son propre label Upsetter Records, et son propre groupe The Upsetters (il se surnommait lui-même The Upsetter, c’est-à-dire “l’emmerdeur”). A l’aube des années 70, Lee “Scratch” Perry devient le producteur de Bob Marley dont il va façonner le son reggae, créant notamment Small Axe et Duppy Conqueror. Puis Bob Marley et les Wailers prennent le large de leur côté sur Island records avec le succès que l’on sait, emmenant dans leurs bagages le bassiste et le batteur de son groupe The Upsetters.

Expérimentateur fou dans son studio Black Ark

En 1973, Lee Scratch Perry monte son propre studio à Kingston, le célèbre Black Ark. Là, ce sorcier du son connu pour ses folles expérimentations (passer les bandes à l’envers, ruser pour obtenir plus de pistes que les quatre à disposition, multiplier les couches sonores, enterrer les micros dans le sable, etc) donne enfin libre cours à sa créativité débordante et parfois radicale.

Le studio doit être un truc vivant, une vie en soi. La machine doit être vivante et intelligente. Puis je mets mon esprit dans la machine et la machine joue la réalité“, déclarait-il au Guardian en 2016 à l’occasion de ses 80 ans.

Il soufflait sa magie sur les bandes magnétiques

Dans ce studio de légende qui a vu passer nombre d’artistes reggae, comme Junior Murvin, U-Roy, Peter Tosh ou Max Romeo, cet original va innover plus que jamais, remixant notamment, sur les traces de King Tubby, des versions dub de morceaux reggae, avec mise en relief de la section rythmique et ajout de réverb, d’échos et de sons inusités. Bruits de verre, pleurs de bébés, mais aussi sons de pistolet comme bases de beats, ses expérimentations précédaient celles du sample.

Selon la légende, le mystique Lee Perry soufflait même de la fumée de ganja sur ses bandes masters pour en révéler toute la magie.

“Dieu est un artiste”

En 1979, le vieux lion du reggae mettra fin à l’aventure prolifique de son studio Black Ark de façon radicale : en y mettant le feu. Il ne regrettera jamais publiquement son geste, convaincu que le studio était maléfique car investi par “des esprits impurs“. Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à sortir régulièrement des albums.

Connu pour son sens du style extravagant (tenues bariolées, couvre-chefs improbables, bracelets, bagues, colifichets), il était aussi fortement imprégné de spiritualité, citant Dieu toutes les deux phrases. “Dieu est art, et par conséquent Dieu est un artiste (…) Les gens qui assistent à mes concerts sentent la présence de Dieu”.

Fumeur de ganja invétéré, Lee “Scratch” Perry avait arrêté de fumer autour de ses 70 ans. “Cela m’aurait achevé. Cela n’allait pas très bien depuis que je mixais ganja et cigarettes. La ganja guérit mais si vous la mixez avec de la nicotine, vous ne faites que vous détruire“, justifiait-il il y a cinq ans dans le Guardian. Il fume désormais le calumet de la paix avec les anges. 

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