"Lagerfeld, the Chanel Shows" : l’hommage aux incroyables décors des défilés Chanel

Le Royal Monceau rend hommage à la créativité du Kaiser qu’il exprimait dans ses décors de défilés, grandioses et toujours surprenants. Simon Procter, artiste britannique, a photographié ces mises en scènes, puis les a sublimé dans des compositions picturales. Rencontre.

Simon Procter débarque à la galerie, caché derrière une sculpture emballée qu’il porte à bout de bras. Il la pose sur son socle, la déballe, ému : c’est un buste géant de Karl Lagerfeld qu’il a terminé de modeler cette nuit. Il reprend son souffle et découvre tout autour de lui ses photographies sous verres, affichées. « C’est la première fois que je vois mes œuvres imprimées en si grande taille. Merci », adresse-t-il à Audrey Trabelsi, commissaire de l’exposition Lagerfeld, the Chanel Shows

Depuis le 15 septembre et jusqu’au 30 octobre 2019, la galerie d’art du Royal Monceau met en lumière les œuvres de Simon Procter. L’artiste britannique, photographe attitré de la maison Chanel depuis 2010, a trainé ses objectifs rue Cambon, dans les coulisses et aux premiers rangs des défilés aux décors pharaoniques imaginés par Karl Lagerfeld. Il nous raconte.

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Simon Procter dévoile les coulisses de ce cliché choisi comme affiche de l’exposition parisienne et de son livre Lagerfeld : The Chanel Shows (éditions Rizzoli). C’était en 2010, lors d’un défilé haute-couture, l’un d’un rare qui se soit déroulé rue Cambon, siège mythique de la Maison couture, et non au Grand Palais.

« J’étais déjà en position, comme les autres photographes, j’attendais que le show démarre. La sécurité est venue me trouver, se remémore-t-il. Là, j’ai eu un peu peur, car il m’était arrivé plusieurs fois que la sécurité me prie de quitter le défilé avant qu’il ne commence, parce qu’une seule personne de la communication n’avait pas été au courant de ma présence à cet emplacement, par exemple. « Karl te cherche », me dit-on. C’était bizarre, là, quelques minutes avant le défilé… Il voulait simplement qu’on parle. Et il avait une idée pour cette photographie. C’était un artiste, il aimait les artistes, discuter avec eux. »

À chaque Fashion Week parisienne, le public installé sous la nef du Grand Palais s’interrogeait : quel décor Karl et ses équipes ont-ils imaginé cette saison ? C’était chaque fois une surprise démesurée, se souvient Simon Procter.

La mise en scène qui l’a le plus marqué ? « Peut-être le décollage de la fusée », en mars 2017, à l’époque où les Français se passionnaient pour les aventures de l’astronaute Thomas Pesquet. Autour du vaisseau Chanel photographié, Simon Procter a collé « des vraies images de lancement de fusées de la NASA », détaille-t-il. Les nuages sont oranges, violets, pour retranscrire « l’euphorie de la surprise » chez le public. « C’est plus facile de faire des œuvres sombres, mais je voulais montrer la joie que ces défilés procurent. »

« Thousand », son collage façon kaléidoscope, où Lily-Rose Depp et Karl Lagerfeld avancent, multipliés, honorent l’esprit de la mise en scène, cette saison-là, clin d’œil à la boutique historique de Gabrielle Chanel. Le Grand Palais était recouvert de panneaux miroitants, décor-hommage aux murs du grand escalien du 31 rue Cambon, que la couturière avait fait recouvrir miroir afin de pouvoir suivre ses défilés sans être repérée.

« C’était toujours très important pour moi que Karl soit dans l’image. Donc, quand il arrivait, je shootais, je shootais… sans m’arrêter. Pour ne pas rater LE moment. Parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Il peut juste passer une tête ou saluer de loin. Alors là… Il fallait toutes les garder », sourit Simon Procter.

« Les décors sont photogéniques. Mais honnêtement, ces décors sont surtout construits pour voir, pour sublimer, le vêtement. Pour la mode ! Pas pour un rendu photographique, explique l’artiste. C’était tellement magnifique. Une œuvre d’art… Mais en photographie, on perdait cette magie. Il manquait forcément une partie. J’ai recréé toute l’aile droite de la cascade pour créer la position parfaite qui n’a jamais existé pour personne. J’ai dû prendre tout de suite une décision de composition. J’ai travaillé comme un peintre. »

Il a les cheveux blancs, coiffés d’une queue de cheval rangée dans le col de sa veste. Chemise noire sous costume noir, mitaines et lunettes aussi sombres, il a le style « classic Karl ». Devant le portrait XXL de l’homme au catogan, un fan endeuillé au look calqué a pleuré.

« Lagerfeld, The Chanel Shows », du 15 septembre au 30 octobre 2019
Le Royal Monceau Raffles Paris Gallery, 41 avenue Hoche, Paris 8

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