Thrombose : pourquoi parle-t-on des risques liés au vaccin et moins de ceux liés à la pilule contraceptive ?

Le risque de thrombose potentiellement associé au vaccin AstraZeneca n’a pas été établi. Pourtant, le sérum a été suspendu dans plusieurs pays européens. Alors que ces risques sont avérés concernant la pilule, certains dénoncent un “deux poids, deux mesures”. Pourquoi parle-t-on davantage des risques de thrombose liés au vaccin que ceux liés à la pilule contraceptive ?

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On le sait : de nombreux pays européens ont suspendu le vaccin AstraZeneca par mesure de précaution, après des cas graves de formation de caillots sanguins. “Rien n’indique à ce stade que ces événements sont en lien avec la vaccination”, a cependant précisé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). L’Agence européenne des médicaments (EMA) a également souligné que ces événements thromboemboliques étaient survenus “chez un très petit nombre de personnes ayant reçu le vaccin”. Comment expliquer que ce phénomène soit si médiatisé alors même que la thrombose est fréquente ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans le monde occidental, une personne meurt d’une thrombose toutes les 37 secondes, selon l’association Thrombosis UK. L’Agence européenne des médicaments a d’ailleurs souligné que “le nombre global d’événements thromboemboliques chez les personnes vaccinées ne semble pas être plus élevé que celui observé dans la population générale”.

Cette interrogation en a soulevé une autre sur les réseaux sociaux : pourquoi parle-t-on plus des risques de thrombose liés au vaccin alors que ceux-ci ne sont pas avérés, que de ceux associés à la pilule contraceptive, qui sont pourtant établis depuis de nombreuses années ?

C’est marrant quand même: des millions de femmes prennent la pilule avec un risque de thrombose supérieur au risque du vaccin AstraZeneca, ça n’émeut personne. Par contre là, 35 cas sur 11 millions, le monde s’arrête de tourner. Magnifique.

Tromboses à cause de #AstraZeneca : 30 cas pour 5 000 000 de doses.
Tromboses à cause de la pilule de 3è génération : 40 cas pour 100 000 années-femmes.
66 fois plus de tromboses mais personne pour s’insurger de la contraception féminine.

Vaccin AstraZeneca et pilule : “deux poids, deux mesures” ?

Dans un communiqué, l’Association française des victimes d’embolie pulmonaire et AVC liés à la contraception hormonale (AVEP) a réagi à la suspension du vaccin AstraZeneca. Elle affirme qu’il y a “deux poids, deux mesures” et s’étonne de “l’indifférence dans laquelle sont traitées les milliers de victimes de thrombose et d’embolie pulmonaire à cause de leur contraception en France et en Europe”.

Une méta-analyse publiée en 2013 dans le British Medical Journal révélait notamment que “tous les contraceptifs oraux combinés étudiés ont été associés à un risque accru de thrombose veineuse. L’ampleur de l’effet dépendait à la fois du progestatif utilisé et de la dose d’éthinylestradiol”.

L’éthinylestradiol est un œstrogène de synthèse utilisé dans les pilules oestroprogestatives. Or, “contrairement à la contraception micro-progestative, la contraception œstroprogestative augmente le risque de thrombose veineuse de 3 à 6 fois”, écrivait une équipe de médecin en 2017 dans la Revue Médicale Suisse.

Le nombre annuel de thromboses liées à la prise d’une pilule de troisième ou de quatrième génération est ainsi de 4 cas pour 10.000 femmes, comme l’indique l’Assurance maladie. Quid du risque de thrombose potentiellement associées au vaccin AstraZeneca ? Pour l’heure, cela concernerait 30 cas sur 5 millions de personnes ayant reçu une première injection au sein de l’espace économique européen, selon un communiqué de l’EMA datant du 13 mars.

Vaccin AstraZeneca et pilule : une comparaison pas si évidente

Si le risque de thrombose lié à la pilule est bel et bien plus élevé que celui potentiellement associé au vaccin AstraZeneca, la comparaison n’est pas si évidente.

“Suspendre un produit en attendant d’avoir plus d’informations, c’est un principe de précaution qui est souvent utilisé en médecine quand un nouveau produit apparaît sur le marché et d’autant plus, dans ce cas, quand il y a une forte pression à vacciner rapidement le plus de monde possible. Avec le vaccin AstraZeneca, on est sur une expérimentation avec beaucoup d’incertitudes alors que sur la pilule contraceptive, il y a eu énormément d’enquêtes épidémiologiques. Les risques qui lui sont associés sont connus”, explique Alexandra Roux, docteure en sociologie et auteure d’une thèse intitulée “Par amour des femmes” ? La pilule contraceptive en France, genèse d’une évidence sociale et médicale (1960-2000).

La question des risques associés au vaccin AstraZeneca et ceux liés à la pilule a également été soulevée à l’étranger, par l’Institut Paul Ehrlich (Allemagne). “Il est vrai que les pilules contraceptives sont connues pour provoquer des thromboses. La thrombose, même fatale, est connue pour être un effet secondaire très rare”, peut-on lire sur le site de l’agence fédérale de réglementation médicale allemande. Elle ajoute que contrairement au vaccin AstraZeneca, pour lequel ce potentiel risque de thrombose n’est pour l’heure pas référencé – car pas avéré -, celui associé à la pilule “est répertorié dans la notice d’information destinée aux patients. Les pilules contraceptives sont disponibles uniquement sur ordonnance. Chaque femme doit être informée de ce risque par le médecin prescripteur”.

Pourtant, l’Association française des victimes d’embolie pulmonaire et AVC liés à la contraception hormonale “déplore toujours le manque de d’information dans la délivrance de la contraception hormonale“.

Une balance bénéfice-risque positive ?

“La comparaison qui pourrait éventuellement être faite est celle du vaccin AstraZeneca avec la pilule de 3e génération dans les années 90”, suggère Alexandra Roux. “A cette époque, la question de la suspension s’est posée. L’Angleterre, qui dispose d’un système de santé publique permettant de relever les incidents rapidement, avait notamment suspendu la pilule de 3e génération et ordonné de lui substituer des pilules de 2e génération. En France, il n’y a pas eu beaucoup de débats sur le sujet jusqu’en 2013”, indique-t-elle.

La sociologue explique que depuis, les risques imputés à la pilule sont connus. “Depuis la fin des années 80, on sait quels sont les facteurs individuels qui peuvent surexposer à ces risques (antécédents familiaux, tabac, âge…). Le rôle du professionnel de santé est de les recenser en amont et d’informer les patientes”, précise-t-elle.

L’Agence européenne des médicaments estime ainsi que la balance bénéfice-risque des contraceptifs oraux est positive. “Les avantages des contraceptifs hormonaux combinés (CHC) continuent de l’emporter sur les risques”, peut-on lire dans un document datant de 2013. Concernant le vaccin AstraZeneca, l’EMA vient de rendre son avis : “Il s’agit d’un vaccin sûr, ses avantages dans la protection des personnes menacées de Covid-19 vont bien au-delà de ses risques potentiels”, a indiqué ce jeudi 18 mars Emer Cooke, qui en est la directrice exécutive.

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