Oui, la peur des appels téléphoniques existe (et on peut l'affronter)

Vous appréhendez le moindre coup de fil ? Pire encore, vous bondissez à chaque sonnerie, ou remettez chaque appel au lendemain ? Il est peut être temps de regarder les choses en face : oui, vous avez peur du téléphone. Et cela n’a rien de honteux. C’est même tout à fait normal, à l’heure où textos et réseaux sociaux ont délégué les appels aux conversations “sérieuses”, irritantes ou académiques – au choix. Recevoir un coup de fil, comme recevoir une lettre, fait office d’événement aussi inattendu que potentiellement inquiétant.

Mais la peur du téléphone n’est pas née avec le sacre des messageries instantanées et autres services de chatting. Elle est si universelle qu’elle porte un nom : la téléphobie. Une peur synonyme de stress, d’anxiété, ou plus encore de panique pure et dure. Bien des éléments expliquent ce phénomène phobique qui peut avoir de fortes incidences sur notre vie, aussi bien intime que professionnelle.

Médecins et psychologues lui confèrent même de multiples raisons. Et plus encore, quelques remèdes. Tour d’horizon à l’adresse des téléphobes.

De quoi la téléphobie est-elle le nom ?

Comme l’explique la docteure Anita Ghosh au magazine Stylist, 76% des personnes de la génération Y (nées entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) se sentiraient anxieuses lorsque leur téléphone sonne. Et préféreraient même les notes vocales – cet enfer. L’experte a recueilli la voix de l’une de ses amies téléphobiques, qui témoigne : “Généralement, la sonnerie de mon téléphone me met dans la panique. Même quand c’est ma famille. Et encore plus quand l’appel est inattendu. Un appel imprévu déclenche un conflit en moi ou plus encore une réaction de fuite”.

Des mots qui disent avec clarté les formes que revêt cette peur. Et d’autres arguments l’expliquent tout aussi bien. La téléphobie naîtrait moins du téléphone que de l’attente de l’interaction sociale qu’il va provoquer – et de la teneur de cet échange. L’effet de surprise joue aussi un rôle majeur. Et par-là même, la crainte de n’avoir rien à dire, de ne pas s’exprimer correctement, de se tourner en ridicule, en ayant pas choisi les bons mots.

Silences et hésitations ponctuent volontiers les appels. A une époque où les moyens d’expression se sont multipliés, la peur du téléphone éclot en partie de ces difficultés que nous éprouvons à communiquer.

Comme l’énonce l’experte en coaching Jill Isenstadt à la BBC, la téléphobie s’expliquerait par la peur d’être pris·e au dépourvu, et par extension, rejeté·e par ses pairs. “Pour beaucoup de gens, téléphoner est une interaction particulièrement complexe”, admet-elle. A en croire les chercheurs George Dudley et Shannon Goodson, auteurs du livre The Psychology of Sales Call Reluctance, la “réticence aux appels” éclot également du fait que “le téléphone est simplement un autre moyen par lequel les gens peuvent dire le mauvais truc”. Tout bêtement.

Et pourtant, le téléphone a vécu un surprenant retour de hype dès le début de la pandémie de Covid 19. Le confinement aurait effectivement engendré une augmentation flagrante des appels transmis et reçus. Outre-Atlantique par exemple, l’entreprise de télécommunications Verizon a observé en mars 2020 une hausse quotidienne de 33 % des appels en temps ordinaires. Des appels plus réguliers, mais aussi plus longs.

La nécessité de parler de vive voix aux gens que l’on aime, de leur rappeler à quel point ils importent, ou tout simplement de prendre de leurs nouvelles, n’a pu se faire sans ce téléphone au mieux ringardisé, au pire si redouté. Mais comment une période si forte en anxiété pourrait-elle déboulonner une autre forme d’anxiété ?

Une question évidemment rhétorique. Confinement ou pas, la téléphobie perdure malgré tout. L’appréhension de l’appel (et de son contenu) reste plus forte que le besoin du coup de fil pour savoir si “tout va bien”.

Comment l’affronter ?

Combattre la téléphobie n’est pas une mince affaire. Cependant, cette peur semble de plus en plus acceptée au sein de la société. Ainsi nombreux sont les interlocuteurs et interlocutrices bienveillants qui s’efforcent de demander la permission avant d’appeler autrui – une permission émise par textos. Une courtoisie tout à fait normalisée, mais également une forme de préparation psychologique bienvenue. Rien de pire effectivement qu’un appel imprévu – les plus énervants diront “spontané” – pour booster le niveau d’angoisse au maximum.

De son côté, l’experte en coaching Jill Isenstadt organise des thérapies en ligne pour combattre cette peur. La spécialiste demande à ses patient·e·s d’identifier précisément leurs pensées anxieuses pour mieux les inciter à concevoir l’absurdité de cette crainte du téléphone. “Nous aidons leur esprit à réaliser que c’est OK de téléphoner, que ce n’est pas dangereux”, détaille-t-elle à la BBC. Ce faisant, la coach incite à hiérarchiser les appels. Elle aide ses patient·e·s téléphobes à tenter des coups de fil de moindre importance – commander une pizza par exemple – pour mieux les aider à se préparer mentalement aux appels plus majeurs. Pas bête.

Mais c’est principalement du côté des sites professionnels que les solutions se multiplient. Et pour cause, nombreux·ses sont les conseillers et conseillères téléphoniques à craindre… leur principal outil de travail ! Plutôt problématique. Le site spécialisé Entrepreneur.com leur recommande ainsi de rester le plus pragmatique possible (“Les pires scénarios que vous avez imaginés avant un appel ne se produiront probablement pas, et s’ils se produisent, ils se produiront de toute façon”, nous dit-on) et de privilégier un relativisme bienvenu. Comprendre : se dire que “ce n’est qu’un appel”, rien de plus.

Autre astuce : se mettre dans un état d’esprit suffisamment positif pour gérer cet appel. On peut se dire qu’un bon thé ou qu’une atmosphère calme apaisent notre esprit et l’aident à se préparer à l’éventualité d’un appel – ce qui ne rendra ce dernier que meilleur. Hiérarchiser, relativiser, et bien se préparer : trois règles d’or pour mieux affronter cette peur qui nous tutoie à l’autre bout du fil.

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