Malala Yousafzai opérée pour la sixième fois, neuf ans après avoir été attaquée par les talibans

“J’ai vu les provinces tomber les unes après les autres aux mains d’hommes armés, chargés de balles comme celle qui m’a blessée.” Malala Yousafzai, jeune militante féministe pakistanaise a révélé, dans un texte partagé mardi 24 août 2021 sur Podium, et intitulé “Neuf ans après qu’on m’a tiré dessus, je me remets toujours d’une seule balle des talibans”, ce qu’est sa vie mais aussi et surtout ce qu’elle endure dans sa chair depuis l’attentat des talibans perpétré à son encontre en 2012.

Âgée de 15 ans à l’époque, elle avait reçu une balle dans la tempe gauche pour avoir continué à se rendre à l’école malgré l’interdiction qui lui avait été faite. Un récit, poignant, qui intervient près de dix jours après la prise de Kaboul par les talibans et leur retour au pouvoir en Afghanistan.

Neuf ans après cette tentative d’assassinat, Malala Yousafzai indique ainsi avoir dû être une sixième fois opérée des suites de cette attaque. Alors qu’elle avait des “des poches de glace et un bandage autour de la tête”, la jeune femme désormais âgée de 24 ans raconte également comment elle a vu, impuissante, les talibans s’emparer une nouvelle fois de l’Afghanistan dont ils avaient été chassés en 2001 par une coalition internationale menée par les Américains.

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“Le peuple afghan a reçu des millions de balles”

Depuis sa récente opération, la jeune militante féministe se mobilise pour venir en aide à la population prise en otage, notamment aux femmes afghanes dont la vie et la liberté sont menacées par le retour présumé de la charia, laquelle leur impose entre autres le port de la burqa, l’interdiction de travailler ou d’aller à l’école, l’interdiction de choisir leur mari ainsi que la peine de mort en cas de manquement aux nombreuses règles édictées à leur encontre.

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Comme la jeune militante le raconte dans son texte : “Dès que j’ai pu me rasseoir, j’ai passé des appels téléphoniques, écrit des lettres aux chefs d’État du monde entier et parlé avec des militants des droits des femmes encore en Afghanistan”.

Mon cœur se brise pour ceux dont nous oublierons les noms ou que nous ne connaîtrons jamais, et dont les appels à l’aide resteront sans réponse.

Une mobilisation sans faille qui a permis “au cours des deux dernières semaines, [d’] aider plusieurs d’entre elles et leurs familles à se rendre dans un endroit sûr.” Cependant, Malala confie, aussi meurtrie que pragmatique face à la situation : “Mais je sais que nous ne pouvons pas sauver tout le monde.”

“Neuf ans plus tard, je me remets toujours d’une seule balle. Le peuple afghan a reçu des millions de balles au cours des quatre dernières décennies. Mon cœur se brise pour ceux dont nous oublierons les noms ou que nous ne connaîtrons jamais, et dont les appels à l’aide resteront sans réponse”, confie-t-elle.

Attaquée en 2012 dans un bus scolaire

Malala Yousafzaï revient à travers ce texte sur les nombreuses épreuves qu’elle a traversé depuis son attaque en 2012 : six chirurgies, son arrivée soudaine en Angleterre pour se faire soigner, la crainte de ne pas revoir sa famille ou de ne pas pouvoir payer les factures de soins, son impuissance face à la montée en puissance des talibans…

La jeune militante raconte ne plus avoir de souvenirs entre le moment où elle s’est fait tirer dessus et son arrivée dans un hôpital en Angleterre. Seuls les témoins de ce jours peuvent lui raconter la scène.

“Il y a quelques jours, j’ai appelé ma meilleure amie, la fille assise à côté de moi dans le bus scolaire lorsque j’ai été attaquée. Je lui ai demandé de me raconter à nouveau ce qui s’était passé ce jour-là”, raconte Malala. Elle lui dit : ‘Tu es resté immobile et silencieux, fixant le visage du Taliban lorsqu’il a prononcé ton nom. Tu as serré ma main si fort que j’ai ressenti la douleur pendant des jours. Il t’a reconnu et a commencé à tirer. Tu as couvert ton visage avec tes mains et tu as essayé de te baisser. Une seconde plus tard, tu es tombé sur mes genoux'”.

Ce jour-là, deux autres de ses camarades reçoivent une balle, et “le bus scolaire blanc est devenu rouge de sang”.

Depuis, la jeune femme n’a cessé de s’impliquer pour la cause des femmes à travers le monde et est devenue le symbole de la défense des jeunes filles et de leur éducation face à la politique des Talibans. Figure féministe de sa génération, Malala a obtenu en 2014 le prix Nobel de la Paix.

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