Leïla Mustapha, maire de Raqqa : "Je rêve d’une Syrie démocratique"

Leïla Mustapha a 30 ans. Ingénieure en génie civil, trois fois Major de sa promotion, elle est la jeune maire de Raqqa, l’ancienne capitale autoproclamée de l’État islamique en Syrie. Une mission hors norme qui a conduit la journaliste et écrivaine Marine de Tilly à écrire un livre sur elle : La femme, la vie, la liberté paru chez Stock.

Ce périple, cette rencontre ont donné envie au réalisateur Xavier de Lauzanne de filmer ces échanges avec elle à travers un documentaire intitulé Neuf jours à Raqqa, qui sort mercredi 8 septembre.

franceinfo : Votre rôle est de reconstruire Raqqa. Quand vous l’avez accepté quelle était votre première idée ?

Leïla Mustapha : En réalité, je suis très heureuse de participer et de pouvoir aider les habitants de Raqqa à réaliser leurs aspirations et leurs espoirs. Bien sûr, nous avons toujours le sentiment qu’il faut travailler plus et donner plus pour ces gens parce qu’au final, c’est un devoir politique, éthique pour nous et une grande responsabilité.

J’ai le sentiment que je suis responsable, que je suis la mère des habitants de Raqqa.

à franceinfo

Il n’y a pas si longtemps encore, l’État islamique avait pris position dans les rues de Raqqa, considérant d’ailleurs que c’était devenu sa capitale. Où étiez-vous en 2014, lorsqu’il a décidé de revenir au califat ?

Je suis restée en Syrie, mais j’étais obligée de partir de ma ville natale car on n’a pas pu supporter les atrocités et les violations qui ont été perpétrées par Daesh. Nous nous sommes dirigés vers les autres régions de notre administration démocratique. Elle nous a accueillis chaleureusement, pas seulement nous, mais aussi tous les autres habitants de Raqqa.

Votre arrivée au pouvoir en tant que maire de Raqqa, à 30 ans, c’est déjà la victoire de l’humanité sur la barbarie, celle de la modernité sur le Moyen Âge islamique. Est-ce que ce sont les deux plus grandes victoires ?

En effet, la femme a toujours eu l’énergie en elle. Quand on voit la participation des femmes de Raqqa dans tous les secteurs, dans tous les comités, pour nous, c’est une grande victoire.

Je crois que si la femme décide, elle peut faire beaucoup de choses.

à franceinfo

Fière de ce rôle qu’on vous a confié ? Quand on vous a demandé d’accepter ce poste, beaucoup vous ont donné leur nom de famille, ce qui montre à quel point vous êtes importante.

Je suis très fière sur le fait de participer, de donner quelque chose et d’être aussi à la hauteur de nos responsabilités historiques. Je crois que j’ai une dette envers toutes les populations, tous les habitants de Raqqa, et cela me donne beaucoup de force.

Vous êtes musulmane, sunnite, mais vous apparaissez les cheveux lâchés avec un jean. Est-ce que ça veut dire que les mentalités changent ? Qu’il y a aussi une évolution de la part des hommes ? Quand on regarde ce documentaire, on se rend compte que quand vous traversez la ville, les gens vous respectent énormément.

Maintenant dans tous les comités du conseil civil de Raqqa, 7 000 femmes y travaillent. Cela prouve qu’il y a un changement de mentalité.

Quand on regarde les images, on se rend compte à quel point Raqqa a été impactée, touchée, anéantie. Certains endroits comme le Rond-point à l’entrée de la ville ont été le théâtre d’exécutions. Comment fait-on pour gommer cela ?

Depuis la libération de Raqqa, en peu de temps, on a pu commencer un processus de reconstruction de la ville et on a pu réaliser beaucoup de projets ensemble pour rénover, restaurer beaucoup de places, beaucoup de parties de la ville, malgré le manque de tout. On a pu transformer cette ville en une maison pour tous les Syriens.

Après la reconstruction, on pense que Raqqa va devenir enfin la ville de la paix.

à franceinfo

Quel est votre rêve ?

Je rêve d’une Syrie qui sera une Syrie démocratique, décentralisée, qui respecte toutes les couleurs.

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