La quête exploratrice de Maude Besse, skieuse freeride

Avec une carrière dans le ski alpin, puis aujourd’hui dans le ski libre, rien n’arrête la jeune Suisse qui poursuit ses rêves de montagne et de liberté.

Assise sur le banc de touche, Maude Besse commente la grande finale du Freeride World Tour à Verbier. «Vas-y, tu fais du joli ski, c’est parfait», dit-elle à voix haute, les yeux rivés dans ses jumelles. La compétition, qui a eu lieu le 23 mars, réunit la fine fleur du snowboard et du ski mondial. Si la Suisse en est la dernière étape avant d’arriver à l’Xtreme de Verbier, il faut réussir à se qualifier en Andorre et en Autriche. C’est malheureusement à Fieberbrunn, dans le Tyrol, que la skieuse a été éliminée et a vu ses chances de médaille s’envoler.

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Maude Besse, qui a encore l’âge d’être ravie «d’avoir fêté ses 25 ans le 6 mars», aurait aimé être au départ du Petit Bec des Rosses – qui n’a rien de petit – mais ne regrette rien. «Je suis contente d’être là, je ne sais pas comment j’aurais réussi à gérer mon stress avec la présence de ma famille et de mes amis». Une peur de l’échec dont elle a conscience et qu’elle dissèque avec une maturité désarmante. «Je n’ai jamais réussi à “lâcher” mon ski en compétition ; quand il y a un enjeu, c’est comme ça, je skie moins bien». L’une de ses meilleures amies sur le tour dit néanmoins que Maude «lui a tout appris» ; le manager des athlètes d’Arc’teryx, qu’il aimait «son ski irréprochable».

Loin d’avoir toujours été fâchée avec la compétition, Maude Besse fait du ski alpin jusqu’à l’âge de 15 ans, une discipline coûteuse financièrement, dont elle garde la rigueur et le bagage technique. De là naît l’envie de se débrouiller seule, de trouver des sponsors par elle-même. Une liberté qui a un prix : afin de pouvoir vivre du ski freeride, elle intègre une formation de géomètre en alternance pendant plusieurs années. Entre 16 et 17 ans, elle gagne des compétitions et travaille en parallèle, beaucoup. Ses congés payés, elle en profite pour faire des compétitions, et les vacances se font de plus en plus rares. Loin des «enfants de la balle» qui ne jurent que par leur discipline, Maude garde les yeux grands ouverts, et pense même, pendant un temps, abandonner le ski pour devenir footballeuse. «Finalement, je suis restée sur mes skis, ils sont gravés dans mon cœur», dit celle qui réussit son rêve en conciliant le travail et le ski, et voit beaucoup moins ses proches.

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À partir de 2016, elle enchaîne les compétitions pour se qualifier au Freeride World Tour, le freeride consistant à des descendre des pentes raides, en conciliant vitesse et sauts de barres rocheuses. Quelques années plus tard, en pleine ascension, Maude Besse, qui vient de gagner une deuxième place au Japon lors du Freeride World Tour, se blesse à la maison, lors de figures en bord de pistes. On est en 2019, elle se «fait» les ligaments croisés ainsi qu’une lésion du ménisque et la saison se termine sur une table d’opération. La skieuse prend conscience de la fragilité de son corps, du long chemin qui l’attend vers la guérison. Avec humilité, cette Suissesse du Val de Bagne revient sur ce moment décisif de sa carrière, et ses envies pour demain dans un film de quelques minutes.

«Notre mental est lié à notre physique, il faut aussi être à 100% prêt dans la tête. Je n’en mesurais pas l’importance», admet-elle. «Quand survient cette blessure en 2019, c’est la première fois que cela m’arrive. Je le vis comme un vrai coup dur, je dois revoir l’ensemble de mes plans, notamment pour m’assurer une vie correcte en travaillant l’été, ce que je ne pouvais plus faire. Sans mes sponsors, je n’aurais jamais pu faire ma rééducation». Ces derniers ne l’abandonnent pas et Tanguy Verchere, manager dans l’un d’eux, voit en elle quelqu’un qui apprend très vite et avec qui ils vont pouvoir construire une histoire intéressante : «Elle est l’une des meilleures dans son sport. Elle a aussi un charisme assez unique, mis au service d’une vraie quête exploratrice».

Maud Besse, c’est aussi un rire toujours franc, et quelqu’un qui n’hésiterait pas à vous proposer son manteau si vous avez froid. Elle qui souhaite ne jamais cesser d’explorer la montagne, semble toujours faire la part belle au partage et à l’amitié. «Dans cette discipline, nous vivons tous de belles aventures, qui sont source de motivation. Que ce soit les filles ou les garçons, les enjeux sont les mêmes».

Passionnée de musique, la skieuse fait défiler ses sons préférés sur Spotify, oscillant entre du rap «mais pas mainstream», Daniel Balavoine et Nina Kraviz, en racontant d’où elle vient. «J’ai eu la chance de grandir dans une petite exploitation bio à Bruson, que mes parents ont depuis toujours. J’en tire ce lien à la terre et la conscience d’être une privilégiée pour qui les sacrifices ont payé».

Si l’année 2020 n’a pas été facile, elle est ravie que cela ait permis aux autres de se rappeler qu’en vivant en Suisse, personne n’avait besoin de prendre l’avion quatorze fois par an pour se faire plaisir en montagne. Dans les années à venir, Maude Besse aura encore beaucoup d’histoires à raconter, son prochain challenge étant de réussir sa formation de menuisière ébéniste, afin de construire son petit chalet. Avant de nous quitter, elle ne manque pas de nous gratifier, avec justesse, de l’une de ses expressions favorites : «L’esprit, c’est comme les parapluies, c’est mieux quand c’est ouvert». Le tout avec un bel accent suisse, of course.

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