Entre sa meuf et la société, Orelsan expose son conflit de « Civilisation »

  • Ce vendredi, Orelsan présente son nouvel album « Civilisation ».
  • Un projet musical dans lequel le rappeur apporte un regard plutôt critique sur la société, à l’image du premier titre dévoile « L’odeur de l’essence ».
  • Il y déclare aussi sa flamme à celle qui partage sa vie, dans plusieurs chansons.

A la fin de Montre jamais ça à personne, la série documentaire
Amazon Prime réalisée par son frère Clément Cotentin,
Orelsan partage ses moments de doute face caméra. « Je trouve tout nul, je chante faux et je ne sais pas faire de musique. Je déprime, comme prévu », dit-il. Quelques secondes plus tôt, il affirmait pourtant « je vais finir l’album en un mois, je n’ai que des bonnes idées, la vie est belle ». Mais c’était avant l’annonce du confinement (illustré par la première allocution d’Emmanuel Macron en mars 2020), et avant de se retrouver à « préparer un album pendant que le monde court à sa perte ».

Mais tout est bien qui finit bien (pour l’album d’Orelsan). Le documentaire se clôt sur l’optimisme du rappeur, enfermé on ne sait où (ni quand) dans un chalet : « Franchement je trouve que j’avance bien, j’ai retrouvé la pêche ». Et le résultat se trouve dans Civilisation, dévoilé ce vendredi. Et de quoi ça parle ? Orelsan le résume lui-même en préambule de son feat Casseurs Flowters Infinity avec Gringe : « J’ai fait un album qui ne parle que de ma meuf et de la société, ça te dit qu’on fasse un morceau ? »

« J’ai peur qu’il n’y ait rien à comprendre »

Et ce n’est pas L’odeur de l’essence,
le premier titre de l’album dévoilé mercredi, qui le contredira. Sur une très bonne prod de Skread (à l’image de toutes les chansons de l’album), Orelsan dresse un bilan plutôt amer de notre époque. Le rappeur y évoque pêle-mêle les problématiques écologiques, les échecs de « nos leaders », la montée des extrêmes ou encore les « débats stériles ». Cumulant plus de deux millions de vues sur YouTube en 24 heures, le clip met en exergue les paroles de la chanson. Il compile explosions, débâcles et reprend notamment des images d’une manifestation de gilets jaunes face à l’Arc de Triomphe. Un titre qui prend une autre dimension sur l’album, où il succède à Manifeste. Pendant plus de sept minutes, sans aucun refrain (un exercice qu’il maîtrise parfaitement), Orelsan raconte une manifestation de l’intérieur et l’évolution de son point de vue sur le sujet. « Je ne suis pas concernée par la société, je suis un putain d’artiste », lance-t-il en intro, avant d’avoir l’air de prendre conscience petit à petit de la colère qui gronde autour de lui. Il tacle également certains médias et leur emballement, tout comme la vacuité des réseaux sociaux.

D’autres titres se montrent critiques et acides. A l’image de Rêve mieux, qui s’attaque aux faux-semblants, à la bien-pensance, aux influenceurs, à la quête de pouvoir et d’argent (ça part un peu dans tous les sens, oui). Ou encore Baise le monde, qui égrène au fil des paroles les problématiques de la pollution et de la surconsommation. Enfin, l’album se clôture sur le titre qui lui donne son nom, Civilisation. « J’avais peur de n’avoir rien compris maintenant j’ai peur qu’il n’y ait rien à comprendre », entonne Orelsan, posant un regard on ne peut plus pessimiste sur notre monde (on ne va pas se mentir, l’album n’est pas particulièrement joyeux). Il en appelle tout de même au changement, à « briser ce putain de cercle », « faut qu’on soit meilleur que nos parents, faut qu’on apprenne à désapprendre ». Une prise de conscience qui n’est pas étrangère à son propre avancement dans la vie.

« C’était mieux avant peut-être, on fera tout pour que ce soit mieux après »

Dans ce même titre, le rappeur répète : « J’essaye d’avoir un enfant, j’essaye d’avoir une civilisation, j’peux pas le faire tout seul va falloir qu’on fasse ça ensemble ». S’il a pour habitude de parler de l’environnement dans lequel il a grandi, à savoir la Normandie et la « France où on danse la chenille » (dans La pluie, son excellent feat avec Stromae sur son album précédent), pour la première fois il s’épanche un peu plus sur sa vie actuelle. Il consacre ainsi plusieurs titres à la femme qui partage son quotidien, qu’il évoquait peu jusqu’à présent. Sur un ton plus léger avec la chanson Bébéboa et la consommation d’alcool, ou plus intime comme dans Ensemble en feat avec Skread. Il y confesse ses mauvais côtés, y parle de l’imperfection de l’amour et déclare sa flamme : « Maintenant que je sais que je pourrais te perdre, je ferai de mon mieux pour te garder. C’était mieux avant peut-être, on fera tout pour que ce soit mieux après ».

Mais c’est dans Athéna, l’avant-dernier titre, qu’Orelsan y va encore plus franchement. « A quoi ça sert de dire je t’aime, si j’ai jamais vraiment dit pourquoi. Parce que t’as su rester la même, tu m’as sauvé tellement de mauvais choix. Parce que je sais que tu te sous-estimes, tu ris trop fort et la pièce s’illumine », déclare-t-il, énumérant ensuite toutes les raisons pourquoi il est amoureux.

Se mettre en colère contre la société, dire aux gens qu’on aime qu’on les aime, revoir ses priorités… Aucun doute là-dessus, on est bien en 2021 et en post-confinement. Ou à l’orée de la crise de la quarantaine. 

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