Découvertes : les nouveaux secrets du corps humain

206 os, 639 muscles… Depuis les balbutiements des études anatomiques du XVIe siècle, on pourrait croire que l’on connaît l’atlas humain sur le bout des doigts. Pourtant les chercheurs cherchent encore… et trouvent !

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Elles ont cinq siècles et n’ont pas pris une ride. Les planches anatomiques réalisées par Léonard de Vinci restent impressionnantes de réalisme. Aujourd’hui, grâce aux progrès de l’imagerie et de l’informatique, ce sont des modèles interactifs en 3D qui permettent de plonger aux tréfonds du corps par un simple geste de doigt sur un écran. Mais le tour du propriétaire n’est pas achevé pour autant. Les recherches en anatomie se poursuivent. Et certaines découvertes pourraient permettre de mieux nous soigner.

Des glandes salivaires bien cachées ?

Tout récemment, des médecins hollandais qui observaient des images de malades atteints de cancers ont eu une sacrée surprise. En plus du “paysage” qu’ils avaient l’habitude de scruter, ils ont détecté une structure inconnue au niveau du nasopharynx, juste derrière le palais. Restée invisible jusqu’alors, cette discrète entité a été démasquée grâce à l’association de plusieurs techniques d’imagerie.

Pour les signataires de ces travaux, il s’agirait là d’une quatrième paire de glandes salivaires. On trouve les autres près des oreilles (glandes parotides), sous la mâchoire (sous-maxillaires) et une troisième sous la langue (sublinguales). Selon une première hypothèse, ces “glandes tubaires” ainsi qu’elles ont été baptisées) serviraient à lubrifier les parties supérieures du pharynx afin de faciliter la déglutition.

Toutefois, leur existence mérite encore vérification. Jusqu’ici, elles n’ont été observées que sur la centaine de patients de l’étude néerlandaise. Si cette découverte se confirmait, celle-ci bouleverserait-elle autre chose que les ouvrages d’anatomie ? “Oui !”, assurent les chercheurs. Car, comme les autres glandes salivaires, cette structure deviendrait une cible à éviter durant les traitements de radiothérapie. “Les épargner pourrait améliorer la qualité de vie des patients”, soulignent-ils.

L’interstitium, un organe masqué ?

Découvrir, au XXIe siècle, une structure presque aussi grande que la peau pourrait sembler complètement fou (voir encadré). Sauf si le fait de chausser de nouvelles lunettes permettait de voir la chose bien différemment ! Cette histoire, c’est celle de l’interstitium. Cette grande “enveloppe” compartimentée remplie de liquide et soutenue par un réseau de collagène et d’élastine semble tapisser nos tissus, notamment au niveau des intestins et de plusieurs organes internes vitaux. “On la connaissait depuis longtemps, confirme Fabrice Duparc, professeur d’anatomie (université de Rouen) et rédacteur en chef du Surgical and Radiologic Anatomy, une revue spécialisée. Mais elle était considérée comme un tissu de soutien, sans rôle particulier.” Toutefois, en 2018, l’utilisation d’un endoscope au laser a permis de l’étudier bien plus précisément… et d’en découvrir, peut-être, la véritable fonction. “Il semble que l’interstitium ne soit pas qu’une charpente : il participerait au drainage lymphatique et interviendrait dans notre immunité,” explique encore le spécialiste. “Cette structure anatomique pourrait avoir un rôle important dans la prolifération des métastases cancéreuses, les œdèmes, les fibroses et les fonctions mécaniques de nombreux tissus et organes,” écrivaient les auteurs de l’étude publiée dans Nature. Neil Theise, l’un d’entre eux, émettait aussi l’hypothèse que l’interstitium soit ce que l’acupuncture décrit comme des méridiens. Deux ans plus tard, rien n’est tranché. D’autres études devront tenter de répondre aux questions soulevées par le “nouvel” interstitium.

Un petit os qui va et vient

La fabella, un minuscule os, situé dans l’épaisseur de la capsule articulaire à l’arrière du genou, n’est pas présente chez tous les humains. Alors qu’il avait disparu au cours de l’évolution, il semble faire sa réapparition. “C’est un tissu qui a changé son orientation, explique le professeur Fabrice Duparc. De fibreux, il devient parfois osseux. Et en fonction des populations, sa prévalence varie.” À tel point que certains jeunes praticiens le confondent parfois avec un éclat osseux de fémur ou de tibia sur les radiographies de genou traumatisé. En outre, on ignore encore à quoi sert cette fabella. Mais elle tend apparemment à devenir de plus en plus répandue. D’après une analyse regroupant 58 études menées dans 27 pays, les personnes en possédant une étaient 3,5 fois plus nombreuses qu’un siècle plus tôt !

Les dents de sagesse se font plus rares

Effet des changements de nos habitudes alimentaires et masticatoires ? Les scientifiques observent que le nombre de personnes dotées de dents de sagesse diminue. D’une manière plus globale, la taille des dents semble se réduire. Comme l’homme moderne mastique beaucoup moins ses aliments, cette régression ne semble pas être un handicap pour lui.

Une troisième artère en cours d’installation dans l’avant-bras ?

Les manuels de biologie sont formels : dans l’avant-bras, l’artère brachiale se divise en deux branches pour former l’artère ulnaire (médiane) et la radiale (latérale). Les passionnés d’embryologie (la science qui décrit les transformations de l’œuf en organisme) savent également que, au début du développement fœtal, un vaisseau sanguin médian est visible… avant de disparaître durant la huitième semaine de gestation. En septembre dernier pourtant, des chercheurs australiens ont publié une étude intrigante. Ils ont remarqué qu’un nombre croissant d’Australiens, depuis la fin du XIXe siècle, ont conservé cette troisième artère, vestige de l’artère initiale du membre. Cette particularité n’était présente que chez 10 % des personnes nées dans les années 1880. À la fin du XXe siècle, en revanche, plus de 33 % des corps étudiés présentaient cette troisième artère et, d’après leurs calculs, 35 % des octogénaires australiens devraient aujourd’hui détenir cette même différence. “Les variations anatomiques sont très fréquentes, témoigne le professeur Patrick Baqué, chirurgien et doyen de la faculté de médecine de Nice. Il est très important de les connaître, notamment, dans ce cas, en vue d’une chirurgie du canal carpien.” D’autant que, comme le rappellent les auteurs de l’étude australienne, “lorsque la prévalence de cette artère médiane aura atteint les 50 %, elle ne devra plus être considérée comme une variation mais bien comme une structure humaine normale.” En attendant, elle pourrait constituer un témoignage de l’évolution, toujours en cours, de notre espèce.

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