Cancer : je veux faire don de mes cheveux, comment ça se passe ?

C’est l’un des nombreux effets secondaires de la chimiothérapie. La perte des cheveux, lorsqu’elle est difficile à supporter pour diverses raisons propres à chaque malade, les incite alors à se tourner vers une perruque.

Si le modèle en cheveux synthétiques est davantage plébiscité car moins onéreux, celui façonné à partir de véritables cheveux offre quant à lui un rendu beaucoup plus proche d’une chevelure naturelle. Problème : son coût est trois à cinq fois plus cher, pouvant même aller jusqu’à 3000 euros.

Forte de ce constat, l’association Fake Hair Don’t Care récolte depuis quelques années des mèches de cheveux issues de dons pour proposer des perruques en cheveux naturels à des prix justes. Sa présidente, Ines Mahallawy, nous explique comment procéder si l’on souhaite nous aussi participer à cette initiative caritative. 

Comment faire don de ses cheveux ? 

Avant de se lancer, il faut avoir une bonne nature de cheveux. “Il ne faut pas qu’ils soient brûlés ou trop sensibilisés, précise Ines Mahallawy. On accepte les cheveux colorés, décolorés et naturels. Nous avons besoin de toutes les textures pour que tout le monde puisse trouver la sienne.”

Ensuite, si notre longueur le permet, on coupe au moins 10cm. Mais pas n’importe comment ! Deux options s’offrent alors à nous : soit on les coupe nous-même en suivant le protocole détaillé par l’association sur son site ; soit on se rend dans un salon partenaire dans lequel un coiffeur, qui le fait bénévolement et maîtrise la procédure de coupe, va s’en charger. Il enverra ensuite, à notre place, les cheveux directement à l’association.

Que deviennent-ils ? 

Une fois récupérés par l’association, les cheveux sont triés et stockés en attendant de réaliser une perruque artisanale sur-mesure. 

“Lorsqu’une personne vient nous voir pour faire fabriquer la sienne, on commence par choisir un modèle et établir un devis, détaille la présidente de FHDC. Nous prenons ensuite contact avec un perruquier, qui de son côté récupère dans nos locaux les cheveux des donateurs dont il aura besoin pour créer la perruque.” Pour ce faire, le perruquier réalise un moulage du crâne et appose un à un les implants sur la monture. En moyenne, une perruque nécessite 6 à 8 donateurs.

Les tarifs ? Il faudra compter entre 600 et 1000 euros suivant la coiffure et la longueur demandées.

L’association reçoit 5 à 10 demandes par mois, mais toutes n’aboutissent pas. En effet, une réelle réflexion et une discussion sont nécessaires avant de faire un tel achat prévient Ines Mahallawy. “Beaucoup n’ont pas conscience de ce que cela implique d’avoir une perruque en cheveux naturels. Elle demande un certain temps de fabrication – jusqu’à 2 mois d’attente – et n’est donc pas disponible de suite, mais surtout, il faut vraiment s’en occuper.” De même, il n’y a aucun intérêt à acheter une telle perruque si c’est pour la mettre une ou deux fois par an, précise-t-elle.

La perruque, pas juste un “accessoire” pour les malades 

“Un cancer peut parfois durer des années et bouleverse une vie”, regrette la présidente de l’association. Selon elle, impossible d’oublier cette période marquante. “Il est donc primordial que la personne malade se sente ‘bien’ et cela peut passer par le fait d’avoir une perruque ou un turban. On entend souvent dire que ce ne sont ‘que’ des accessoires. C’est faux.

À travers de nombreuses discussions que nous avons pu avoir avec des malades ou des experts, nous avons constaté qu’une personne qui n’a plus ses cheveux, peut le vivre encore plus mal que la maladie elle-même. Des médecins nous ont confirmés que parfois, certaines personnes qui misent tout sur l’apparence et ne veulent pas que leur cancer se voit, finissent pas entrer en lutte avec elles-mêmes.

Si leur apparence est altérée, un mal-être s’installe et les fait basculer dans un cercle vicieux qui peut les amener à s’isoler, et à terme, à refuser un traitement. Cela peut paraître bête et futile pour certains, mais ça ne l’est pas. Et il ne faut pas discriminer ces personnes en leur disant qu’elles sont ‘faibles’ parce qu’elles ne font pas fi du regard des autres. Chacun vit sa maladie différemment, et c’est à nous de nous adapter.”

La petite histoire de Fake Hair Don’t Care

Le cancer, Ines Mahallawy et Cindy Malmejat, deux amies d’enfance originaires du Val-de-Marne, le connaisse bien. Il a emporté la maman de la première en 2012 et touché des membres de la famille de la seconde. Très jeunes, elles ont alors dans l’idée de créer une association pour venir en aide aux personnes atteintes par la maladie. “Avec Cindy, nous voulions réellement ‘donner’ quelque chose, et que celle-ci soit valorisée”, se souvient Ines. Aidées par le père de cette dernière, les deux jeunes femmes co-fondent Fake Hair Don’t Care quelques années plus tard, en 2016. 

“J’ai passé la moitié de ma vie à l’hôpital avec ma maman, raconte Ines. Son cancer du sein a duré extrêmement longtemps et elle ne s’en est malheureusement pas sortie. J’ai pu voir ce qu’il se passait à l’hôpital où elle était très bien prise en charge, mais aussi à l’extérieur, où ce n’était plus du tout la même histoire tant elle était livrée à elle-même. Pendant très longtemps, même encore aujourd’hui, certains pensent que traiter toutes les conséquences de la maladie (isolement, difficultés au travail, problèmes dans le couple…) et notamment les effets secondaires de la chimiothérapie, c’est un peu accessoire, voire du luxe. Nous nous sommes rendu compte que quasiment rien n’était fait d’un point de vue social en ce qui concernait les perruques en France. Je me suis renseignée et j’ai découvert qu’on utilisait des dons de cheveux aux États-Unis pour en fabriquer. Si eux pouvaient le faire, nous aussi ! 

Dès lors, l’association met en place un réseau de coiffeurs partenaires et de perruquiers, tous bénévoles, afin de réaliser et proposer des perruques en cheveux naturels, sur-mesure et à des prix abordables “pour aider tout le monde, peu importe l’âge, le cancer, le sexe.”

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