Anna Roy, sage-femme et "maltraitante" : son cri d'alarme pour demander plus de moyens

#Jesuismaltraitante. C’est là le mot-clé – et le discours – qu’avance dans les médias la sage-femme Anna Roy. Dans une interview à Europe 1, elle confesse ne pas avoir pu prendre en charge la “douleur” d’une patiente en pleine césarienne. Et même de l’avoir laissé “traîner dans des serviettes hygiéniques trempées de sang”. Un témoignage courageux qui en dit long sur les conditions de travail déplorables du personnel soignant, notamment au sein des maternités, milieux où s’observe une surcharge totale mais trop tue.

Autrice du podcast Europe 1 Sage Meuf, Anna Roy décrit une situation professionnelle des plus critiques. Voire même, carrément alarmante. Soit une patiente qui s’apprête à accoucher, une césarienne à effectuer dans l’urgence, des personnels débordés, un enfant que l’on fait naître sans prendre en compte la souffrance de sa mère, et, en parallèle, tout “un boulot fou” et une “salle d’attente pleine à craquer” à gérer.

Et c’est pour cela qu’aujourd’hui, Anna Roy en appelle à une mesure fondamentale, qu’elle souhaite voir concrétisée au sein des maternités : une sage-femme par femme enceinte. Une équation idéale pour le bien des professionnelles de la santé bien sûr, mais aussi des patientes, des femmes, des mères.

“C’est la base. Dans certaines maternités, les sages femmes peuvent être seules pour 25 nouvelles mamans !”, s’attriste encore l’interlocutrice sur le site du magazine Marie Claire. La sonnette d’alarme est tirée.

“N’importe qui peut être maltraité à l’hôpital”

1 femme = 1 sage-femme

Anna Roy, sage-femme et autrice du podcast Sage-Meuf, lance un appel pour en finir avec les maltraitances que les soignants font subir aux femmes, malgr eux.#Jesuismaltraitante #Jesuismaltraitant #Noussommesmaltraitees pic.twitter.com/QutKdMitjm

“Il faut avoir conscience que n’importe qui, un jour, peut être maltraité à l’hôpital si les choses ne changent pas. Et a priori, beaucoup de femmes vont accoucher. Il doit donc y avoir une vraie réflexion éthique. Quel prix accorde-t-on à la vie des gens ? Il faut se poser les bonnes questions”, poursuit encore la sage-femme. Une réflexion particulièrement forte en pleine pandémie mondiale. Situation globale qui “agit d’ailleurs comme un accélérateur”, selon celle qui affirme mener “un combat pour la naissance”.

Une lutte particulièrement éprouvante à assumer, on s’en doute. “Cela fait 40 ans que les soignants réclament des lits, mais il y en a de moins en moins. Pour que ces revendications soient mieux entendues, il faut que les usagers nous rejoignent. Souvent, on ne se sent pas concerné, jusqu’à ce que l’on devienne victime soi-même. 750 000 bébés par an arrivent au monde. Les mains de la sage-femme sont les premières qui vont prendre soin de l’enfant qui vient de naître. Ce n’est pas rien. Il faut que ces mains soient à la hauteur !”, insiste-t-elle.

Et quand le manque de moyens financiers et humains ne permet pas que ces mains le soient justement, les soignantes peuvent vite devenir “maltraitantes”. Une expression forte qui a pour but de sensibiliser et d’éveiller les consciences. “J’ai choisi ce mot, parce que c’est vrai. À partir du moment on l’on ne répond pas aux besoins fondamentaux de la personne humaine, on est maltraitant. C’est très dur d’endosser cela. Nous sommes toujours les ‘oubliées’, tout le monde se fout de nous”, déplore encore la sage-femme à Marie Claire.

Une parole percutante qui exige de vraies décisions politiques. En espérant qu’elle participera à faire bouger les lignes pour aider toutes ces “oubliées” qui, plus que jamais, se retrouvent en première ligne.

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