Y a-t-il trop d’experts à la télé ?

Médecins, flics, consultants, politiques reconvertis… ils se succèdent sur les plateaux des chaînes info. Le résultat est parfois cacophonique.

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“Le port du masque par la population est inutile”, “ll n’y aura jamais de deuxième vague !”… La pandémie l’a illustré : à chaque crise, les experts monopolisent un peu plus les plateaux télé. Tout a commencé lors de la première guerre du Golfe. Sans information précise sur l’avancée du conflit, les journalistes devaient “meubler”, et le spécialiste des questions militaires empilant les détails techniques permettait alors d’éviter les silences incongrus.

Ces intervenants sont devenus aussi nombreux qu’incontournables avec l’essor des chaînes d’info en continu. “Un homme comme Christophe Barbier est capable de parler de tout et de n’importe quoi ; c’est rassurant parce que quand vous l’invitez, vous savez qu’il n’y aura pas de blanc à l’antenne, décrypte le sociologue des médias François Jost. Après, tout dépend de ce que l’on entend par ce mot : un véritable expert s’avère utile pour préciser des faits ou des points techniques afin de mieux comprendre un sujet donné. Le problème, c’est qu’on l’invite pour une actualité précise, mais qu’on va lui demander également de s’exprimer sur des thèmes qu’il ne maîtrise pas. On l’interroge sur tous les sujets un peu à tort et à travers.”

Les imprécisions entretiennent la défiance

Ainsi, nombre d’entre eux sont sollicités sur des problématiques hors de leur champ de compétence. Et même si les journalistes rivalisent pour faire appel aux plus pertinents, les imprécisions qui en ressortent contribuent à entretenir la défiance. En effet, certaines chaînes sont accusées d’orienter les débats en fonction de leurs invités. “Plus qu’un complément d’information, les experts expriment souvent une opinion alors qu’ils devraient s’en tenir aux faits, poursuit François Jost. Cela transforme souvent le débat en discussion de comptoir. Mais il est difficile pour certains de résister à la tentation d’un passage à la télévision. L’idéal, lorsqu’ils sont interrogés sur une question qu’ils ne maîtrisent pas, serait de répondre “Je ne sais pas”. Mais rares sont ceux qui osent l’avouer, par crainte de ne plus être sollicités.”

Les bavardes sont en fait des bavards !

Longtemps, la parole masculine a accaparé les écrans (on comptait une experte pour cinq experts en 2015). Des efforts engagés depuis quelques années ont toutefois permis de changer la donne : en 2019, les femmes étaient ainsi 38 %. Les chaînes du service public imposent désormais une parité totale dans leurs émissions, mais la pandémie a révélé la fragilité de ces progrès : depuis l’apparition du SARS-CoV-2, les experts hommes ont monopolisé 80 % de la parole médiatique. Le plus souvent en tant que médecins, les femmes n’étant majoritaires que dans les professions médicales moins prestigieuses (aide-soignante, infirmière).

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