Louise Bourgoin : "Cette grossesse m’a portée"

Dans L’Enfant rêvé, de Raphaël Jacoulot, Louise Bourgoin est enceinte. Une très heureuse coïncidence pour incarner son personnage dans ce drame intime et sensible autour du désir de paternité. Rencontre.

Le hasard fait parfois bien les choses. Quand Louise Bourgoin acceptait de jouer dans L’Enfant rêvé, elle n’était pas enceinte. Elle apprenait sa grossesse peu de temps avant le tournage. Un don, une chance pour le réalisateur Raphaël Jacoulot : sous sa direction, l’actrice incarne une mère de famille mariée qui tombe enceinte de son amant, un homme suffoquant de ne pouvoir avoir d’enfant avec son épouse. C’est la lente descente aux enfers de ce dernier, aveuglé par son désir de paternité et pris en étau entre deux femmes, que capte ce drame intime et psychologique d’une grande délicatesse. Les personnages féminins et masculins y échappent à la caricature et offrent à Jalil Lespert, Mélanie Doutey et Louise Bourgoin des partitions denses et sensibles.

En vidéo, la bande-annonce de “L’enfant rêvé”

Madame Figaro. – Racontez-nous ce tournage particulier…
Louise Bourgoin. Quand le premier clap est tombé, j’étais enceinte de trois mois, comme mon personnage. J’ai eu la chance que Raphaël Jacoulot tienne à me garder, car il est plus coûteux d’assurer une femme enceinte. Le plan de travail a ensuite été adapté. Nous avons fait un break pour que mon ventre puisse grandir pour être raccord avec la fin du film. Quant au tournage, cette grossesse m’a portée. On essaie souvent de trouver des points communs avec son personnage et, là, il était évident. Mon état de fébrilité émotionnelle servait d’ailleurs mon personnage, notamment dans les scènes qui faisaient écho à ce que j’allais vivre peu de temps après dans ma vie personnelle.

Craint-on de livrer une part de son intimité au public ?
Je ne me suis pas posé la question, peut-être à cause du sentiment que j’ai éprouvé lors de mes deux grossesses : je me sentais un peu dépossédée de mon corps, comme si j’avais un petit locataire en moi… Et puis, même si je ne suis ni superstitieuse ni mystique, j’y ai surtout vu un alignement des planètes.

Le film raconte un fort désir de paternité…
Et c’est ce qui m’a plu : ce sujet inédit sur les écrans. En matière d’enfant, l’homme est souvent réduit au rôle d’accompagnant de la mère dans les films. On parle aujourd’hui de la nécessité de mieux représenter les femmes au cinéma, mais cette démarche doit aller de pair avec la fin des stéréotypes chez les personnages masculins. Ce film est un bel exemple du nouvel équilibre qu’il nous faut trouver.

Quel partenaire a été Jalil Lespert ?
C’est avant tout un grand acteur, qui a mis son intelligence au service d’un personnage rare, car complexe. Il est tout à la fois : viril, taiseux, nerveux, attendrissant, doux, fragile. Jalil est aussi un partenaire en or. Il a la délicatesse dont j’avais besoin, notamment pour nos scènes intimes… Je me demande cependant comment mon fils réagira plus tard s’il me voit vivre cette passion charnelle avec un autre homme que son père, alors qu’il était dans mon ventre !

Un mot sur la saison 2 d’Hippocrate (Canal+) que vous tournez jusqu’à mi-novembre ?
Nous n’avions tourné qu’une semaine avant le confinement, et puis, tout s’est arrêté. Égoïstement, c’est presque bien tombé pour moi : j’ai gagné du temps avec mon nouveau-né. Mais la situation est difficile pour beaucoup d’acteurs de notre secteur, et je suis soulagée que le tournage ait pu reprendre. Je prends un plaisir fou à retrouver Chloé, dont le personnage s’étoffe dans ces nouveaux épisodes. C’est beaucoup de boulot, mais je ne remercierai jamais assez Thomas Lilti de m’avoir confié ce rôle.

L’Enfant rêvé, de Raphaël Jacoulot, avec Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey…

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