François Civil, Marina Foïs, Charlotte Le Bon… Ils sont aussi (excellents) photographes

On connaît ces artistes à travers leurs rôles ou leurs films, mais c’est aussi derrière l’objectif que ces passionné(e)s de photos s’expriment. Leurs photos révèlent une autre face de leur personnalité, un certain regard… Instants choisis.

Marina Foïs, actrice : “Il y a une immédiateté qui me plaît”

L’actrice partage son regard sur le Brésil à travers des photographies prises lors du tournage de La Salamandre.

«Cette série de photos a été prise durant l’hiver 2019 au Brésil, où je tournais le film d’Alexandre Carvalho, La Salamandre. Certains de ces clichés – notamment celui de la femme en short au premier plan – ont été pris dans la ville coloniale d’Olinda, près de Recife, qui est le berceau du cinéma brésilien. Pour mon premier séjour là-bas, j’ai été frappée par la résistance folle du pays. La situation est désespérée mais il y a une énergie festive terrible, très éloignée de la grisaille française et de ses lamentations. J’aime les portraits, la street photo, les gens qui trimbalent des choses fortes à travers leur corps, leur démarche… Cela me raconte des histoires.

Hiver 2019 au Brésil, sur le tournage de La Salamandre.

J’ai choisi de faire cette série en noir et blanc car je trouvais cela plus fort. Je fais toujours attention au cadre, à l’arrière-plan, au centre, aux côtés… Mais je ne suis pas photographe ! J’apprendrai peut-être un jour. Et comme j’aime aussi l’architecture, je suis attentive aux lignes, comme dans la photo de Robert Frank The Long and Winding Road. Mon goût pour la photo est éclectique : je peux prendre mon pied devant les clichés de mode de Guy Bourdin ou le travail pictural d’Antoine d’Agata, mais j’aime également les photos de Robert Mapplethorpe retraçant une époque et un combat très fort. Je peux lire un article si la photo qui l’illustre m’intéresse. Je ne suis pas si cérébrale que ça, j’ai une culture assez limitée et il y a une immédiateté dans ce médium qui me plaît. Une image peut être artistique, historique, politique, mais comme je trouve qu’il y a, en ce moment, une distance entre notre monde et celui que raconte la peinture, je suis plus sensible à la photo.»

Femme en short qui baille.

Marina Foïs est à l’affiche d’Énorme, de Sophie Letourneur, avec Jonathan Cohen et Jacqueline Kakou.

Stacy Martin, actrice : “La photo me force à sortir de ma bulle”

«J’ai toujours aimé observer les gens et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je suis devenue actrice. L’énergie est totalement différente en fonction des villes où je me trouve et j’essaye d’avoir mon Leica sur moi, car cela me force à sortir de ma bulle, à regarder les autres. Je fais de la photo pour immortaliser des souvenirs, même ceux qui paraissent insignifiants sur le moment.

À Londres, ce tronc comme un ami solitaire pendant le confinement…

Ces deux images représentent ma vie entre Londres (où je vis) et Paris (ma ville de cœur). Place Dauphine, j’ai photographié ce monsieur très élégant qui donnait des conseils de manière un peu autoritaire aux joueurs de pétanque. C’était à la fois drôle et émouvant, car on sentait que cet homme s’animait quand la partie redémarrait. L’autre cliché montre un arbre dans un parc londonien, tout près de chez moi. Ce tronc était comme mon ami solitaire pendant le confinement. J’ai choisi de prendre ces images en noir et blanc car cela gomme la temporalité. Parmi les artistes que j’admire, je citerais Saul Leiter, dont j’aime le travail très cinématographique, mais aussi Lucien Hervé, le photographe officiel de Le Corbusier et Ed van der Elsken, qui a notamment réalisé une série à la fois bouleversante, rock’n’roll et romantique sur la jeunesse d’Amsterdam.»

À Paris, l’homme élégant et les joueurs de pétanque.

Stacy Martin sera prochainement au générique d’Amants , de Nicole Garcia, avec Pierre Niney et Benoît Magimel.

Charlotte Le Bon, actrice et artiste graphique : “Avec l’argentique, tout devient un peu sacré”

Charlotte Le Bon : “Depuis dix ans, je ne photographie qu’en argentique.”

«Cette photo a été prise à Falcon Lake, un lac au Canada qui m’est très cher.

Falcon Lake, au Canada, dans l’oeil de Charlotte Le Bon, armée de son Olympus OM-1 de 1976.

Pour la deuxième image, mon petit-cousin s’était prêté au jeu pendant quinze minutes afin d’inventer, avec moi, des mini-histoires, comme celle de cette créature d’homme à tête de couverture. L’appareil utilisé a appartenu à mon père, un indestructible Olympus OM-1 de 1976. Depuis dix ans, je ne photographie qu’en argentique. Certains y verront peut-être du snobisme mais je m’en fiche. À mon avis, l’argentique incite à être davantage dans l’observation et la patience. On capture des moments dans une boîte et on doit attendre avant de les découvrir. Outre la richesse des textures et des couleurs qui sont, selon moi, inimitables en argentique, tout devient un peu plus sacré, et ça me plaît…»

L’homme à tête de couverture.

Charlotte Le Bon est actuellement à l’affiche de Berlin, I Love You, sur Amazon Prime Video.

François Civil, acteur : “L’idée de contrôler le temps…”

François Civil : “Cest pendant mes voyages que je ressens le besoin de capturer mes impressions.”

Cette photo a été prise en 2019 sur le port de pêche haut en couleur d’Essaouira, au Maroc. C’est toujours assez compliqué d’identifier ce qui incite à prendre une photo. Il y a toujours un mystère dans l’instant qui précède la prise de vue : une scène qui interpelle, l’œil qui s’attarde, un motif qui accroche le regard, une émotion qui naît… C’est un moment intense et intime. Pour cette image, outre les couleurs et les motifs, c’est la pose nonchalante de cet homme sans visage à califourchon sur le bastingage de son bateau qui m’a amené à appuyer sur le déclencheur. Enfant, je voyais toujours mon père avec un appareil autour du cou et il m’a vite sensibilisé à la photo en me parlant de composition, de cadre…

Essaouira, Maroc, 2019.

Je crois que c’est l’idée de pouvoir capturer un instant, figer le réel et le garder en mémoire, contrôler le temps, d’une certaine manière, qui me plaît le plus. Comme beaucoup d’amateurs, c’est pendant mes voyages que je ressens le besoin de capturer mes impressions. Je ne fais que de l’argentique, moyen format, couleur. J’utilise un Plaubel Makina 67, parfois un Mamiya RZ. J’ai d’ailleurs un projet à long terme mais il n’est pas encore prêt… Je suis assez éclectique en ce qui concerne la photographie et les photographes que j’admire. J’aime autant le génie de l’imprévu de Cartier-Bresson que les mises en scène millimétrées à l’atmosphère inquiétante de Gregory Crewdson, mais aussi Harry Gruyaert, Saul Leiter…»

François Civil joue dans Bac Nord, de Cédric Jimenez, avec Gilles Lellouche et Karim Leklou. Sortie le 25 novembre.

Cédric Klapisch, réalisateur : “C’est l’inverse de ce que je cherche au cinéma”

«Ces photos faisaient partie de mon exposition Paris-New York (à Paris, en 2014) pour laquelle j’avais associé à chaque fois deux images qui montraient les similitudes et les contrastes entre les deux villes. Mon attirance pour la photo est liée à mon histoire familiale. Mon grand-père maternel étant mort pendant la guerre, ses albums photos avaient un rôle de mémoire et tenaient une place importante à la maison. Mon père, physicien et amateur de chimie, a ensuite créé son propre labo photo. Dès l’âge de 12 ans, je me suis ainsi mis à faire des images et à les développer.

À New York, l’une des photos de l’exposition Paris-New York (2014).

À 25 ans, je me suis tourné vers la couleur et j’ai découvert des artistes de référence comme Harry Gruyaert, Alex Webb ou Bruno Barbey, Raymond Depardon (moins connu pour son travail en couleur) et William Klein. Au cours de ma carrière, il m’est arrivé de réaliser des séries de photos pour des magazines – dont Madame Figaro. C’est un exercice que j’apprécie particulièrement car cela me place dans une autre forme de pensée : je pars en quête de choses précises, mais c’est finalement les clichés imprévus qui remportent la mise. L’extase, quand on fait des photos, c’est de rencontrer ce hasard, l’inverse de ce que je cherche au cinéma finalement. Car pour un film, l’idée est de suivre le scénario qu’on a en tête.

À Paris. L’une des photos de l’exposition Paris-New York (2014).

Par ailleurs, la photo a une fonction importante dans la genèse de mes projets : c’est une façon de me figurer les cadrages et de réfléchir à l’esthétique globale d’un film. Mais je peux aussi m’inspirer de photographes extérieurs, comme je l’ai fait avec Harry Gruyaert et sa série dans le nord de la France pour Ma part du gâteau.»

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