Féminicides : Rachid, témoin de l’assassinat de sa mère par son père, demande la mise en place d’un plan national

Rachid Lamara a été témoin de l’assassinat de sa mère par son père lorsqu’il avait 5 ans. Aujourd’hui, il livre un témoignage puissant auprès de Simone et de Femme Actuelle sur le cauchemar qui a marqué sa vie, pour aider les autres enfants victimes de féminicides, et demander la mise en place d’un plan national en France.

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16 octobre 1982. Rachid, 5 ans, voit son père Mohamed tuer sa mère Debhia sous ses yeux. Plus de trois décennies après, il se confie auprès de Simone et de Femme Actuelle sur le cauchemar qui a marqué sa vie. Durant son enfance, Rachid s’aperçoit que les disputes et autres menaces sont monnaie courante pour sa maman Debhia, victime de violences conjugales. “Elle a porté plainte plusieurs fois. Personne ne la croyait”, se souvient Rachid. Un jour, Debhia trouve la force de mettre dehors son mari Mohamed. Un acte fort qui signera pourtant son arrêt de mort. “Il montait la garde tous les soirs. Il a acheté un couteau qu’il trimbalait avec lui, dans sa poche”, nous raconte le fils de Debhia. Jusqu’au jour où il a décidé de la tuer. “Il s’est levé à 5 heures du matin, est descendu au bar et a commencé à picoler. Il est parti, il toque, elle lui a ouvert la porte […] Un mot ou deux, elle lui a mal répondu, c’est ce qu’il a dit.” Mohamed agrippe alors Debhia par les cheveux et la frappe, frappe et frappe encore avec le couteau. 22 fois. Jusqu’à ce que la lame du couteau reste dans le corps de maman. Elle a agonisé. Et puis mon père est retourné dans son bar, il a fini ses bières, et à ce moment-là, il a appelé la police pour qu’il viennent l’arrêter.”

“L’Etat ne fait rien, la Justice ne fait rien “

Aujourd’hui, Rachid dit avoir encore “la haine” contre son père… mais pas seulement. Il regrette également de ne pas avoir été aidé. “J’ai vécu dans la trouille. C’était ça, notre enfance. Mort de peur. Mon petit frère de 2 ans et demi, moi 5 ans, l’autre 15 ans… On n’a jamais été suivis psychologiquement […] On a des séquelles. Je n’ai qu’une seule vie. J’aurais pu en faire un paradis, avec une bonne santé, un bon moral. Alors que là, à 42 ans, je me cherche encore.” Comme de nombreux enfants de victimes de féminicides, Rachid dénonce : “Il n’y a rien qui bouge. L’Etat ne fait rien, la Justice ne fait rien. Pourquoi ? Pourquoi ces femmes battues, pourquoi ces plaintes non reçues ? Pourquoi ces enfants non pris en charge ? Pourquoi ? J’espère apporter quelque chose pour les futures victimes, surtout.”

Une pétition pour soutenir les enfants et familles des victimes de féminicides

Comme Rachid, des enfants et familles de féminicides demandent la création d’un statut de victime. Depuis le 1er janvier 2021, 46 femmes ont déjà été tuées, laissant 47 enfants orphelins dont 11 ont été témoins du crime. Le Grenelle des violences conjugales, lancé par le gouvernement en septembre 2019, a mis en lumière la situation des femmes victimes de violences conjugales, ce qui a abouti à certaines mesures pour lutter contre ce phénomène sociétal. Cependant, tout ou presque reste à faire en faveur des enfants et de la famille proche des victimes du féminicide.

Inspiré notamment du modèle législatif italien visant à protéger les “enfants de féminicides”, ce statut serait intégré au sein d’une charte nationale et regrouperait l’ensemble des droits* dont la victime pourrait bénéficier, comme par exemple :

  1. La prise en charge psychologique des victimes en psycho trauma, lors de l’annonce du décès
  2. La prise en charge du nettoyage des scènes de crimes
  3. La mise en place d’un suivi médico-psychologique en psycho trauma gratuit sur la durée
  4. La suspension de l’autorité parentale du parent meurtrier entre le jour du meurtre et celui du jugement définitif
  5. L’élargissement du protocole féminicide de Seine Saint-Denis à la France entière (dispositif qui prévoit le placement provisoire en urgence des enfants suite à un féminicide. Ceux-ci sont confiés aux services de l’aide sociale à l’enfance pour évaluation et hospitalisés en pédiatrie avec des soins en pédopsychiatrie pour une durée de 3 à 8 jours, avec des droits de visite suspendus pendant cette durée, afin d’évaluer à qui confier l’enfant : la famille biologique, une famille d’accueil…)
  6. Un suivi particulier afin de faciliter l’accès aux études et à l’emploi : bourses d’études, mesures d’incitations à l’embauche, accompagnement financier et social à l’autonomie …

*Cette liste n’est pas exhaustive.

Parce que le Droit a toujours évolué et doit encore évoluer avec notre société, nous nous associons à l’Union Nationale des Familles de Féminicide, Simone Media et Femme Actuelle pour que nous, enfants, mais aussi frères, soeurs et parents de femmes assassinées, ne soyons plus des citoyens sacrifiés.

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