En photos, Mélanie Laurent met à nu Lou de Laâge et Benjamin Voisin, ses acteurs du "Bal des folles"

À l’occasion de la sortie du Bal des folles, son sixième film, Mélanie Laurent a photographié pour nous ses deux acteurs principaux, Lou de Laâge et Benjamin Voisin. Le temps de cette séance exclusive, ils évoquent la passion qui les anime. Conversation croisée.

Dix ans qu’elle réalise des films à propos des sœurs, des mères, des amoureuses, des amies, en gravitant autour d’un seul et même sujet, celui de la condition des femmes. Pour sa sixième réalisation, Le Bal des folles, Mélanie Laurent parvient à aborder sans détour, et de manière retentissante, la question du féminisme. Elle quitte son univers intimiste pour une production ambitieuse et en costumes dans cette adaptation du roman à succès de Victoria Mas (Éditions Albin Michel).

Porté par son actrice fétiche, Lou de Laâge, ce film retrace le destin d’Eugénie, une jeune fille du XIXe siècle, qui a le «pouvoir» d’entendre et de voir les morts. Internée de force par son père (Cédric Kahn) et son frère (Benjamin Voisin) à la clinique neurologique de la Salpêtrière dirigée par le professeur Charcot (Grégoire Bonnet), à Paris, elle partage le quotidien de femmes diagnostiquées hystériques, épileptiques et autres maladies physiques et mentales. Une fresque humaine dans laquelle la réalisatrice tient aussi le rôle de Geneviève, une infirmière intriguée par sa nouvelle pensionnaire.

À 38 ans, Mélanie Laurent – devenue mère de deux enfants – irradie d’une force tranquille. Silhouette athlétique comme taillée dans l’airain, débit de mitraillette, énergie communicative, elle est portée par une volonté inoxydable. On la sent alignée, en place, à sa place, naviguant avec aisance devant et derrière la caméra, en France comme outre-Atlantique. Elle continue d’explorer des univers variés et a eu la clairvoyance de se rapprocher de nouveaux partenaires comme Amazon Prime Video, qui va diffuser Le Bal des folles. Engagée, militante écologiste et écoféministe, Mélanie Laurent s’intéresse de près à la jeunesse et a accepté de photographier, pour Madame Figaro, Lou de Laâge et Benjamin Voisin, les deux acteurs du moment. Elle s’autorise, une fois encore, la liberté d’être curieuse.

En vidéo, la bande-annonce du “Bal des folles”, de Mélanie Laurent

Rendre justice au déclassées

Mélanie Laurent : «En découvrant Le Bal des folles, de Victoria Mas, j’y ai tout de suite vu un thème suffisamment puissant pour m’inspirer une nouvelle adaptation (elle a déjà adapté Respire , d’Anne-Sophie Brasme, en 2014, et Plonger, de Christophe Ono-dit-Biot, en 2017). Et puis cela faisait longtemps que je voulais mettre en scène un film en costumes, raconter une histoire de sorcières et parler du féminisme à une époque différente de la nôtre. Aborder la question des femmes dans un contexte actuel me paraissait compliqué et j’avais l’impression qu’il fallait revenir à ce qu’elles subissaient hier pour que cela fasse écho à aujourd’hui. L’homme a toujours mis de côté ce qu’il ne comprenait pas, ce qui le rebutait, ce qui le dégoûtait. De nombreuses internées de la Salpêtrière étaient des simples d’esprit, des femmes vieillissantes dont les familles ne voulaient plus s’occuper ; d’autres avaient subi des viols et des maltraitances avant de se révolter de façon “hystérique”. En somme, une bonne partie de ces femmes souffraient davantage de la société que de leurs nerfs. Les folles de la Salpêtrière ne sont que les mères des rejetés d’aujourd’hui, c’est pourquoi il fallait leur rendre justice. »

Benjamin Voisin et Lou de Laâge.

Lou de Laâge: brassière, jupon et lingerie, l’ensemble Dior. Bague personnelle.
Benjamin Voisin: chemise et pantalon de smoking, Hermès. Bracelet Celine, bague personnelle.

Créer de la bienveillance

Lou de Laâge : «Après qu’elle m’a dirigée au cinéma dans Respire, puis au théâtre dans Le Dernier Testament, d’après James Frey, je retrouve Mélanie pour la troisième fois. Au fil de nos projets communs, ce n’est pas tant la réalisatrice que j’ai vu changer mais plutôt la femme que j’ai vu évoluer. Le Bal des folles m’a permis de la découvrir avec la double casquette d’actrice et de réalisatrice. La voir donner des indications sur le plateau, en costume d’époque, avec son enfant dans les bras, apportait quelque chose d’assez irréel, qui créait naturellement de la bienveillance. Je trouve beau de travailler à plusieurs reprises avec un metteur en scène, c’est une preuve d’amour et de confiance. Mélanie et moi nous connaissons tellement bien maintenant que nous n’avons presque plus besoin de nous parler pour nous comprendre. En plus de sa fidélité, elle m’offre des rôles différents et très intenses ; c’est un magnifique cadeau de sa part car elle n’a pas peur de me lancer à chaque fois de nouveaux défis.»

De l’émotion instantanée

Mélanie Laurent : «Si mon instinct concernant les femmes n’est pas toujours bon dans la vie, je ne me trompe jamais quand il s’agit de choisir une actrice. Avant même le talent, je recherche des êtres qui sont extraordinaires humainement ! Je n’avais pas de doute que Lou soit l’Eugénie parfaite pour le film, mais j’ai été impressionnée par la force de son jeu et son rapport instantané à l’émotion. Pour ce film réunissant des femmes marquées par leurs singularités, nous avons aussi engagé trente personnes malades ou handicapées (pas forcément comédiennes) qui m’ont demandé de les filmer telles quelles. J’avais donc la pression énorme de leur rendre hommage.»

Croire en l’humanité

Mélanie Laurent : «Le terme “folle” est régulièrement employé à mon sujet : on m’a souvent répété que j’étais folle de travailler autant, d’enchaîner les projets, d’emmener mes enfants sur un plateau, ou de réaliser des films tout en construisant une vie de famille – comme s’il fallait toujours détacher son métier de sa vie personnelle… Or, ma seule folie reste de croire en l’humanité et de penser qu’on va y arriver ! Néanmoins, lorsque je regarde les informations, je me trouve très saine d’esprit… Je ne sais pas s’il faut être fou pour être acteur, mais cela exige quelque chose de singulier. Et, je l’admets, il y a un côté kamikaze à se faire violence, parfois, pour se glisser dans la peau de personnages opposés à ce que nous sommes et pour offrir autant de soi à un réalisateur que l’on va croiser deux mois dans sa vie.»

L’actrice réalise Le Bal des folles, adaptation du livre de Voctiria Mas.

Une bande solidaire

Benjamin Voisin : «Je trouve ma génération d’acteurs géniale parce que nous formons une bande très solidaire, avec notamment Nadia Tereszkiewicz, Théo Christine ou encore Stefan Crepon. Nous écrivons ensemble et les réalisateurs pensent même déjà à nous pour des projets. Malgré nos airs désinvoltes, nous sommes de vrais bosseurs et cherchons constamment à nous surpasser. Nous sommes très soudés. Je ne sais d’ailleurs pas si j’aurais exercé ce métier sans être entouré.»

Nouvelle génération

Mélanie Laurent : «Ma génération était beaucoup plus starifiée que celle de Benjamin. Quand j’ai commencé, vers 14 ans, j’appartenais à la quinzaine d’acteurs qui apparaissaient dans les magazines. Aujourd’hui, lorsque je cherche à embaucher des comédiens, j’ai l’impression d’avoir le choix entre une multitude d’acteurs extraordinaires qui n’ont pas encore explosé. Je constate également qu’ils ont plus de temps pour apprendre ce métier et pour le considérer comme il devrait l’être. La génération de Benjamin s’avère beaucoup plus connectée que la mienne. À l’époque, on faisait du “cinoche”, et l’envie de faire des films restait plus forte que celle de connaître la profession. Et puis, c’était chacun pour soi, et le chemin se révèle plus long et douloureux quand on avance seul, sans être rattaché à aucune famille de cinéma. À Cannes (Mélanie Laurent était jurée au Festival de Cannes cette année, NDLR), j’ai réalisé à quel point je n’appartenais à aucune bande dans ce métier.»

Lou de Laâge et Benjamin Voisin. Lou de laâge: pyjama en soie, Dior.
Benjamin Voisin: débardeur Calvin Klein, bas de pyjama, Laurence Tavernier.

De nouveaux horizons

Benjamin Voisin : «Le cinéma de genre a permis d’ouvrir les horizons, je reçois de plus en plus de scénarios de premiers films très complexes, exigeants et ambitieux. Et je sais qu’en décrochant la Palme d’or à Cannes avec son film choc Titane, Julia Ducournau va amener les producteurs à regarder ailleurs, à s’intéresser à des univers différents. Le choix s’élargira, et ce que j’espère, c’est que les comédies n’aient plus le monopole populaire…»
Lou de Laâge : «… Ou qu’elles soient écrites avec des sens de l’humour différents, en tout cas ! Julia Ducournau fait œuvre de singularité et je trouve essentiel d’arriver à cela dans un monde où l’on essaye de normer les gens, les fonctionnements, les films…»

Le cinéma sacré

Mélanie Laurent : «À l’origine, Le Bal des folles devait être financé de manière classique mais, pour des raisons de budget, nous avons collaboré avec Amazon qui, en achetant des salles d’exploitation, montre son envie de coexister avec le cinéma. Évidemment, j’ai choisi de sortir ce film de cette façon en comptant sur un public cinéphile qui ne le regardera pas sur un smartphone dans le métro… Mais je sais bien qu’aujourd’hui regarder un film chez soi est aussi un événement, une fête, et je trouve formidable que le cinéma reste sacré quel que soit le support.»

Le Bal des folles, de et avec Mélanie Laurent, Lou de Laâge, Benjamin Voisin, Emmanuelle Bercot… Le 17 septembre, sur Amazon Prime Video.

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