Bernard Pivot fait l’éloge du sexe à 85 ans

Le dernier livre de Bernard Pivot …mais la vie continue, qui vient de paraître chez Albin Michel, nous a plu, amusé et épaté. Le journaliste y parle sans détour de sexualité. Il n’y a pas d’âge, selon lui, pour le pratiquer.

  • Anne-Elisabeth Lemoine

A 85 ans printemps Bernard Pivot est en pleine forme. Et-ce parce qu’il a récemment quitté l’Académie Goncourt?Peut-être. C’est plus sûrement parce qu’il est amoureux de sa compagne (qui vit loin de lui, car elle est en “première ligne” contre le coronavirus). En tout cas Pivot a toujours autant d’humour que d’esprit. Il le prouve dans son dernier livre drôle, vif et sensible, dont le titre annonce à lui seul la couleur : …mais la vie continue (éd. Albin Michel, 221 p., 19,90 €).

Ce livre-là ne raconte pas tout à fait sa vie. Il narre celle d’un éditeur parisien à la retraite, mais l’ancien journaliste d’Apostrophes admet qu’il lui ressemble comme deux gouttes d’eau. On s’amuse donc de découvrir Bernard Pivot à travers les propos de son narrateur qui multiplie les déclarations truculentes sur la santé, la lenteur, les trous de mémoire, les agacements et les renoncements liés à la vieillesse. Et on se délecte au passage de ses propos sur le sexe.

Ne jamais s’arrêter de faire l’amour

Bernard Pivot n’a pas froid aux yeux. Il aime parler de sexualité. En témoigne la blague coquine qu’il a récemment faite à Anne Elisabeth Lemoine dans C à vous. Il est souvent question de sexe dans son nouveau roman. Un des chapitre, astucieusement intitulé Vendanges tardives, aborde plus particulièrement le sujet. Le double de Pivot l’annonce d’emblée : “Le délestage du sexe n’a jamais été dans mes intentions. Ce n’est pas parce qu’il est moins vaillant qu’autrefois qu’il faut le négliger, pis, l’oublier.” Et l’auteur de revendiquer, à travers son personnage, qu’il aime le sexe mais préfère rester discret : “Ce verbe «baiser», je l’écris, mais ne le prononce plus devant mes amis. Je vois bien qu’il leur déplaît, qu’il les incommode.

Le roman de Bernard Pivot peut se lire comme une ode à la sexualité. Son personnage aimerait parler de cette chose si agréable avec ses amis Nona ou les Blazic. “Je leur dirais que, quels que soient les aléas de la vie, il ne faut jamais s’arrêter de faire l’amour, écrit Pivot. S’arrête-t‐on de boire, de manger, de parler, de lire, de marcher, de conduire ? Non, pourquoi donc s’arrêter de baiser ?“Et si à 80 ans, un homme ne fait plus l’amour comme à trente, cela ne signifie pas pour autant que c’est moins bien, car l’expérience est là ! “Bien sûr il honore moins souvent, mais avec une attention, une patience, une imagination dont il était dépourvu dans sa jeunesse et qui forment ce qu’on peut appeler, après six décennies de tagada, du savoir-faire

Le journaliste se réjouit de ces seniors “chez qui le sexe est toujours branché avec le cœur et le cerveau“. Il en convient aisément: “Ce n’est plus un circuit de Formule 1, mais le parcours est balisé et agréable”. Avant d’ajouter : “Ça marche aussi parce que l’épouse, la compagne ou l’amante continue d’aimer ça et d’y prendre une part active.” A son ami Octo, le narrateur aimerait dire: “je baise encore parce que je suis toujours amoureux […] et comme si l’âge n’existait pas, non corps exultent ensemble”. Et Bernard Pivot de conclure “faire l’amour à quatre-vingts berges est un supplément à la vie“. Aucune raison donc de s’en priver.

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…mais la vie continue de Bernard Pivot, éd. Albin Michel, 221 p., 19,90 €


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