Bernard Dumeige ("Affaire conclue") : son accident de moto, sa naissance sur un parking, sa famille… il se confie

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INTERVIEW EXCLUSIVE – Bernard Dumeige, 61 ans, l’un des acheteurs historiques d’Affaire conclue sur France 2, a accordé une longue interview à Femme Actuelle. Il nous a raconté sa vie, pas toujours facile, et comment l’émission a changé sa vie.

Bernard Dumeige, 61 ans, fait partie du clan des premiers acheteurs d’Affaire conclue présentée par Sophie Davant sur France 2. Un parcours de vie pas toujours facile, avec la perte de sa mère à 14 ans, un accident tragique de moto à 19 ans… Le brocanteur, passionné par la Première Guerre mondiale, nous a confié les nombreuses difficultés qu’il a rencontrées avant d’intégrer l’émission en 2017

Femme Actuelle : Comment avez-vous été recruté dans l’émission Affaire conclue ?
Bernard Dumeige :
Je fais partie des sept premiers acheteurs historiques. J’ai été contacté par les producteurs, la Warner Bros, il y a trois ans. A l’époque, ils cherchaient des brocanteurs et des antiquaires qui avaient déjà fait des émissions de télé. C’était mon cas. En 2015, j’avais fait une émission pour France 3, Jour de brocante, diffusée le dimanche en début d’après-midi.

Quels sont vos liens avec les différents acheteurs d’Affaire conclue ?
B.D. :
Les affinités, par rapport à l’un ou à l’autre, se font en fonction du caractère, de la façon d’être, de se comporter sur le plateau. On a plus de relations entre les provinciaux et les Belges. Comme on se retrouve de temps à autre à l’hôtel, on a l’occasion de boire des verres ou de dîner ensemble. Donc, on est forcément plus proche de ces gens-là que des Parisiens qui eux, dès que l’émission se terminent, partent et ne nous côtoient pas du tout. A part Caroline Margeridon qui nous reçoit ou nous invite au marché Biron aux Puces de Saint-Ouen, on n’a aucune relation avec Pierre-Jean Chalençon ou avec Julien Cohen, ou les autres Parisiens.

Avec lequel ou laquelle avez-vous le plus d’affinités ?
B.D. :
Je suis très proche de Stéphane Vanhandenhoven, de Paul Azzopardi et de Caroline Margeridon. Anne-Catherine Verwaerde est également devenue une amie.

Quelles sont vos relations avec Sophie Davant ?
B.D. :
Les relations sont très discrètes. Sophie Davant est une grande professionnelle. On s’aperçoit sur le plateau, mais très peu. Elle est dans la salle d’expertise, nous sommes dans la salle des ventes. On se croise, on se dit bonjour. On se retrouve parfois dans des soirées organisées par Warner, la production, des repas de nouvelle et de fin d’année. Mais nous n’avons aucune autre relation.

“Un très grave accident de moto m’a handicapé à vie”

D’où venez-vous ?
Bernard Dumeige : Je suis originaire de la Somme dans les Hauts-de-France et maintenant j’habite en Dordogne. C’est un déménagement pour raison professionnelle quand j’avais 21 ans. Je suis d’abord parti 3 ans sur Chartres, ensuite 5 ans sur Marne-la-Vallée et maintenant cela fait 32 ans que je suis en Dordogne.

Quel âge avez-vous ?
B.D. :
J’aurais 62 ans au mois d’août.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
B.D.
: Je suis sorti à 18 ans d’un lycée professionnel où j’ai obtenu un CAP d’électricien bâtiment. J’ai eu une vie compliquée car j’ai perdu ma mère très tôt. Je suis rentré pompiste sur l’autoroute du Nord à 18 ans. Je suis sorti avec la fille de mon patron. En 1977, j’ai eu un très grave accident de moto qui m’a handicapé à vie avec de grosses séquelles m’empêchant de travailler pendant un an et demi. En 1979, nous avons quitté la Somme, ma future femme et mes beaux-parents pour aller reprendre une station service en gérance à Chartres. Nous avons fait trois ans ensemble. Puis, mes beaux-parents sont partis en pré-retraite dans le Sud-ouest, en Lot-et-Garonne, à cinq kilomètres de là où j’habite maintenant.

Qu’avez-vous fait après le départ de vos beaux-parents ?
B.D. :
Avec ma femme, nous avons repris une station-service à Ozoir-la-Ferrière, en Seine et Marne. Au bout de trois ans, suite à des complications de mon état de santé, je ne pouvais plus rester debout, je suis rentré comme chauffeur dans une société de transports de convoi exceptionnel. Cela me permettait de travailler assis. J’ai fait ça de 1986 à 1988. A ce moment-là, mon épouse s’ennuyait de ses parents. Nous avons décidé de partir à Eymet où j’habite actuellement. Mais le problème est qu’il n’y avait pas de travail. Donc pendant des années je suis retourné travailler dans ma société de transports à Paris. Je rentrais chez moi tous les quinze jours, trois semaines. C’était vraiment la galère. J’ai fait ça pendant cinq ans. Et j’ai fini par en avoir ras-le-bol. J’ai décidé d’arrêter.

Comment s’est passé votre retour à la vie en Dordogne ?
B.D. :
Quand je suis arrivé chez moi en Dordogne, je n’avais plus ma place. Ma femme avait pris l’habitude de vivre sans moi avec ma fille aînée. Le divorce a suivi dans la foulée. J’ai créé une entreprise d’entretien de parcs et jardins qui a duré dix ans. Puis, fin 2004, la Mutualité sociale agricole m’a mis en invalidité totale définitive vu mon état. J’avais 600 euros de pension par mois. Je ne pouvais pas m’en sortir. J’ai demandé à repasser l’expertise et d’avoir le droit de vivre tout simplement. J’ai fini par obtenir cet accord par le médecin. Je me suis alors posé la question de ce que je pouvais faire. J’ai galéré pendant quelques années. Comme j’ai toujours fait des vides-greniers, étant un grand collectionneur, j’ai décidé de m’installer officiellement comme brocanteur. J’étais propriétaire d’un local où je me suis installé. Et cela fait plus de dix ans. Cela me permet de travailler à mon rythme.

Un musée sur la Première Guerre mondiale installé chez lui

Comment vous est-il venu l’idée de constituer un musée sur la Première Guerre mondiale chez vous ?
B.D. :
Je suis né dans la Somme, au milieu du champ de bataille. On a grandi à Dompierre-Becquincourt, au milieu des obus et des grenades. Il y avait des vestiges partout. En plus, mon grand-père que j’ai très bien connu qui a fait toute la Première Guerre mondiale, habitait la maison juste à côté de la nôtre. Il venait déjeuner et dîner à la maison. Comme il a vu que je m’intéressais à cette guerre, il me racontait des anecdotes. A cette époque-là, je commençais déjà à collecter les objets que je pouvais trouver sur les champs de bataille : des douilles, des balles, des morceaux de baïonnette, tout ce que je pouvais trouver, je les mettais dans ma chambre.

Quel âge aviez-vous à l’époque ?
B.D. :
J’avais 12 ans. Après, à l’adolescence, on a d’autres préoccupations en tête, comme aller voir les filles. Ensuite, j’ai quitté la Somme, j’avais 21 ans, je ne collectionnais au début que les cartes postales de mon village et des alentours, pendant la Guerre 14. C’est plus tard, quand je suis arrivé à Dordogne il y a trente-deux ans, que j’ai commencé à m’intéresser plus sérieusement à la collection. J’ai commencé à chiner sur les brocantes, à demander à toutes les personnes que je rencontrais d’un certain âge pour savoir s’ils n’avaient pas des objets militaires chez eux. Ma collection est partie comme ça en flèche.

Que faites-vous avec ce musée ?
B.D. :
C’est un petit musée intéressant que je ne peux pas garder que pour moi. J’ai fait beaucoup d’expositions dans des communes qui me réclamaient. Je suis souvent intervenu dans les écoles et dans les collèges pour transmettre ce devoir de mémoire, pour leur faire prendre conscience des sacrifices de tous ces anciens. Actuellement, je ne fais plus d’exposition mais j’interviens tous les ans pour les classes de 3è du collège de ma commune. Pendant deux heures, je leur donne un cours d’Histoire en apportant du matériel.

Votre musée est-il ouvert au public ?
B.D. :
Non, il est à la maison, dans mon sous-sol. J’ai fait beaucoup de visites à une époque quand on me le demandait. Mais, je n’ai plus le temps de faire ça. Je le fais de manière occasionnelle. Comme j’ai des dons pour ma collection, je fais visiter aux personnes qui m’offrent quelque chose pour leur faire voir où leurs objets vont se retrouver.

Vous avez une réelle passion pour cette époque…
B.D. :
J’étais prédestiné à m’intéresser à la Première Guerre. Je suis né dans une voiture sur le bord de la route. Ma mère était prête à accoucher. A cinq heures du matin, le 11 août 1958, elle réveille mon père pour aller à la maternité qui était à quinze kilomètres. Ils sortent la voiture et réveillent mon grand-père qui était juste à côté, et les voilà partis tous les trois ! Mais au bout de huit kilomètres, toc toc, c’est moi qui arrive. Mon père se gare sur un parking au bord de la route. Et, avec l’aide de mon grand-père, il accouche ma mère. Le parking où je suis né, à la sortie de Bray-sur-Somme, est un parking d’un cimetière militaire anglais. Donc, en territoire anglais ! Mes parents auraient pu me demander la double nationalité mais je pense qu’ils avaient autre chose à faire. À chaque fois que je remonte chez moi dans la Somme, je vais sur ce parking. Je gare la voiture et je me dis que je suis né là car on ne peut garer qu’une seule voiture sur ce parking. Donc, je sais précisément là où je suis né ! J’aimerais le jour où je mourrai que mes cendres aillent dans les massifs de fleurs de ce cimetière. La boucle serait bouclée.

Avez-vous des frères ou des soeurs ?
B.D. :
J’ai un frère qui a deux ans de plus que moi et une soeur qui a huit ans de moins que moi. Mon frère n’est pas un collectionneur comme moi mais il m’accompagne de temps en temps sur les champs de bataille de la Somme ou à Verdun.

Vos parents ont-ils également partagé votre passion pour la Première Guerre mondiale ?
B.D.
: Pas du tout. Malheureusement ma mère est décédée lorsque j’avais 14 ans, elle en avait 40. Et quand mon père est décédé, j’avais 25 ans. Il en avait 54. Mon père ne s’intéressait pas du tout à ça. Pour lui, c’était du passé, il ne fallait plus en parler. Alors que personnellement, j’ai toujours eu cette passion depuis mon enfance.

Les bouleversements sur sa vie depuis sa participation à l’émission

Cela a-t-il changé quelque chose dans votre carrière depuis votre participation à l’émission Affaire conclue ?
B.D.
: Effectivement, cela a changé beaucoup de choses. Déjà au niveau de la popularité, je reçois beaucoup d’appels par jour. En dehors de tout cela, j’ai énormément appris grâce à l’émission. Je vois des objets que je n’aurais jamais vu dans ma boutique ou sur les brocantes locales. A peine un objet est diffusé à la télévision qu’une personne m’appelle et veut le racheter. Je fais beaucoup plus de ventes que ce que je pouvais faire uniquement dans ma boutique. Le fait d’apparaître dans l’émission fait aussi que tout le monde m’ouvre sa maison lorsqu’il y a des choses à vendre. C’est l’un des avantages, je peux acheter en direct, choisir de beaux objets et faire ainsi de bonnes affaires.

Et dans votre vie personnelle ?
B.D. :
J’ai deux filles qui ont 38 et 24 ans avec mon ex-femme. Mais, sans rentrer dans les détails, la situation est difficile. Sinon, actuellement, j’ai deux vies. Celle de Paris quand j’arrive pour les tournages. C’est un autre monde, les studios, les grands hôtels, les restaurants avec les collègues, les soirées où l’on rencontre beaucoup de personnes du show-biz… Ensuite, j’ai ma vie réelle en Dordogne avec ma compagne et mes amis. Je ne change absolument pas, je suis le même Bernard. Je garde les pieds sur terre, je sais que je suis de passage dans l’émission. Il faut rester humble.

Que deviennent les objets acheté sur l’émission Affaire conclue ?

Que faites-vous des objets que vous achetez au cours des émissions ?
B.D. :
Lorsque j’achète des objets, certains sont vendus dans les minutes qui suivent la diffusion de l’émission. D’autres vont être vendus dans la boutique ou sur des brocantes à l’extérieur, ou encore, en salles des ventes pour les objets “hauts de gamme”. Je diversifie mes moyens de vente parce que je suis au fin fond du Périgord, dans une petite commune, ce n’est pas toujours facile.

Parvenez-vous à tous les vendre ?
B.D. :
Non, il y a des objets que j’ai depuis le début de l’émission que je ne vendrai jamais. C’est vrai qu’au début, la qualité des objets n’était pas exceptionnelle. On achetait un peu n’importe quoi pour un peu lancer l’émission. Il y a des objets qui finiront peut-être à la déchetterie un jour. Mais je calcule, lorsque j’achète un objet dans l’émission, la possibilité de pouvoir le revendre. Mon panel est très large : des bronzes, des tableaux ou des bibelots. Je tiens compte également du prix. Je n’ai pas le même pouvoir de revente que mes collègues qui sont aux Puces de Saint-Ouen. A un moment donné, je suis obligé d’arrêter les enchères.

Avec une bonne marge ?
B.D. :
De temps en temps, malheureusement, je revends à perte. Mais j’essaie d’éviter au maximum. J’essaie de faire une marge mais surtout de récupérer mon investissement. Parfois, on peut tout de même faire de bons coups. La moyenne reste équilibrée.

Selon les difficultés évoquées dans la vente en boutique, n’envisagez-vous pas un site de vente en ligne ?
B.D. :
Une boutique en ligne demande beaucoup de travail. Comme je peux le voir auprès de ma collègue Anne-Catherine Verwaerde. Il faut y être tous les jours et je n’ai pas le temps de faire ça. Je vais beaucoup chiner dans les maisons. Je ne peux pas tout conjuguer.

Y a-t-il un objet que vous avez acheté, pour lequel vous avez eu un gros coup de coeur et que vous avez gardé pour vous ?
B.D. :
Je suis un grand collectionneur passionné par les objets. S’il passe un article pour mon musée, d’office, il n’est pas vendu, je me le garde. Ensuite, il m’arrive de conserver un bel objet, comme un bronze, et d’en profiter pendant un moment à la maison. Je ne le revends pas tout de suite.

Quel est l’objet le plus cher que vous ayez acheté ?
B.D. :
C’est un vase Gallé que j’ai payé 1.850 euros. J’en ai bien profité, je vais le mettre en salle de vente.

Et un regret pour un objet qui vous est passé sous le nez ?
B.D. :
Oui, c’est un objet qui est passé un jour où je n’étais pas sur le plateau. En regardant l’émission à la télé, il s’est vendu un petit char mécanique de la Première Guerre mondiale qui avait été fabriqué par un ancien combattant. C’est Julien Cohen qui l’a acheté 1.700 euros.

Vous n’avez pas essayé de le racheter ?
B.D. :
Non avec Julien ce n’est pas possible. Avec les marges qu’il pratique, c’est impossible. Et l’objet que j’ai le plus regretté, c’est une cave à liqueur Napoléon III qui avait une forme originale avec de la marquetterie. Elle était complète avec quatre carafes et douze verres. Elle était exceptionnelle. J’ai arrêté mon enchère à 800 euros. Julien a mis 810 euros pour l’avoir. Quand j’ai vu l’émission passer à la télé, je me suis dit que j’étais bête, que j’aurais dû monter à 1.000 euros. J’ai trop calculé marge et revente alors qu’en fait, je la voulais pour la mettre chez moi. Je l’ai regrettée et je la regrette encore.

A chaque émission, fixez-vous un objectif de prix à ne pas dépasser ?
B.D. :
Je n’ai pas de limite quand j’arrive le matin. Mais après, tout dépend des objets, comme je calcule toujours la revente. Je ne vais pas surenchérir bêtement en mettant mon entreprise en difficulté. Après, si jamais j’ai un coup de coeur, je n’aurais pas de limite.

Combien avez-vous d’argent sur vous pour chaque émission ?
B.D. :
Quand j’arrive sur l’émission, je viens avec plusieurs milliers d’euros, entre quatre et sept mille. Sachant que dès qu’on dépasse mille euros, on refait un chèque. Donc, on peut se permettre d’acheter beaucoup d’objets, même à un prix élevé. Je peux très bien mettre 10.000 euros. On ne sait pas ce qui arrive dans la journée. On a en moyenne 23 objets dont on ignore tout. Il faut en tenir compte pour ne pas tout dépenser dès le début de la journée.

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