Affaire Jubillar : les 10 détails de l'enquête qui ont conduit Cédric Jubillar en prison

Six mois après sa disparition, l’infirmière de trente-trois ans reste toujours introuvable dans la ville de Cagnac-les-Mimes. Pire encore, son mari, Cédric Jubillar, a été placé en détention provisoire pour “meurtre aggravé”. Voici les dix éléments de l’enquête qui ont convaincu les gendarmes de l’incarcérer.

  • Delphine Jubillar

Qu’est-il arrivé à Delphine Jubillar dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 ? Une question à laquelle les enquêteurs tentent de répondre depuis six mois. Drones, hélicoptères, chiens pisteurs, des fouilles à dix kilomètres autour du domicile, plusieurs expertises scientifiques mais aussi des plongées dans le Tarn et 700 gendarmes mobilisés… Rien n’a permis de déterminer les causes de sa disparition. Selon Cédric Jubillar, avec qui la jeune femme projetait de divorcer, cela pourrait ressembler à une disparition volontaire. Selon les amis de Delphine Jubillar, cette thèse est inconcevable, l’infirmière n’aurait jamais abandonné ses deux enfants. Les gendarmes de la section de recherche de Toulouse ont alors tranché. Le 18 juin 2021, Cédric Jubillar est mis en examen pour “meurtre aggravé”. Femme Actuelle vous explique pourquoi.

1. Les thèses de la disparition volontaire, du suicide, de l’enlèvement écartées

Selon Dominique Alzeari, le procureur de Toulouse, Delphine Jubillar n’aurait jamais quitté volontairement son foyer familial dans ces conditions. En effet, ont été retrouvés au domicile du couple le 16 décembre 2020, ses lunettes de vue, son chargeur de téléphone, ses papiers d’identité ou encore ses clés de véhicule et son sac à main. Reste alors la piste de l’enlèvement alors qu’elle sortait ses chiens, évoquée par Cédric Jubillar. Là encore, la thèse est écartée par les enquêteurs lorsque Cédric Jubillar affirme plus tard que Delphine Jubillar ne sortait jamais ses chiens. De plus, elle ne serait pas sortie à une heure aussi tardive alors que son travail lui imposait des heures de nuit harassantes. Dans le doute, les fichiers de prédateurs sexuels du Tarn ont été épluchés, mis en connivence avec les passages au péage effectués dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Rien ne fait sens.

2. Une utilisation suspecte de son téléphone

Comme l’a précisé Dominique Alzeari le 18 juin 2021 lors d’une conférence de presse, Cédric Jubillar, réveillé par les pleurs de sa fille, a appelé la gendarmerie à 4h09 du matin le 16 décembre 2020, soit 16 minutes après avoir constaté que sa femme avait disparu. Un délai jugé trop court par les enquêteurs. Pendant les cinq heures qui suivront l’arrivée des gendarmes, l’homme tentera d’appeler sa compagne 180 fois sur son téléphone portable éteint. Et puis, dès 10 heures, aucun appel ne sera jamais plus enregistré.

Si les enquêteurs ont jugé le délai d’attente de Cédric Jubillar trop court pour appeler les gendarmes, c’est aussi et surtout parce qu’en août 2020, le principal suspect avait tenté de joindre les amis de Delphine Jubillar en pleine nuit après avoir constaté que son épouse était sortie. Il avait alors passé des dizaines d’appels à plusieurs connaissances de Delphine Jubillar pour tenter de la géolocaliser, sans jamais penser à prévenir la gendarmerie d’une telle absence. Le 16 décembre 2020, entre le moment où il remarque l’absence de sa femme et l’arrivée des gendarmes, Cédric Jubillar n’a aucunement tenté de joindre leurs proches.

3. Un podomètre qui sème le doute…

Lorsque les gendarmes ont inspecté le téléphone de Cédric Jubillar, une information sur l’une de ses applications a attiré leur attention. En effet, la section de recherche a activé la fonction “podomètre” du téléphone du prévenu pour déterminer le nombre de pas effectués sur une certaine tranche horaire à une date précise. Le 16 décembre 2020, entre 4h et 5h du matin, le podomètre n’a enregistré que quarante pas, alors que Cédric Jubillar a attesté aux gendarmes qu’il avait fouillé partout dans les environs pour retrouver la trace de sa femme. Lorsque les enquêteurs effectuent ne serait-ce que le tour de la maison en construction, le podomètre enregistre 380 pas.

4. Une machine à laver à 5h du matin

Lorsque les gendarmes arrivent au domicile des Jubillar le 16 décembre à 4h50 du matin, Cédric Jubillar vient de lancer une machine à laver d’une couette avec laquelle Delphine Jubillar dormait depuis plusieurs semaines sur le canapé. Et pour cause, le couple faisait chambre à part depuis que la mère de famille avait décidé de divorcer d’avec son mari. “Tout cela se passe dans un contexte assez incongru. Ce n’est pas la première chose à laquelle on pense… De plus, je suis désolé de le dire mais ça se situe dans une habituation dont l’état d’entretien est extrêmement négligé. On ne voit pas l’intérêt”, précise le procureur de Toulouse. Pourquoi Cédric Jubillar a tenu absolument à laver cette couette à 5h du matin ? Mystère.

5. Cédric Jubillar affirmait qu’il ne savait pas pour l’amant de son épouse

Lors de sa première garde à vue survenue après la disparition de Delphine Jubillar le 16 décembre 2020, son mari Cédric atteste aux gendarmes qu’il n’avait aucune connaissance de l’amant de son épouse, rencontré deux mois plus tôt sur Internet, avec qui elle projetait de refaire sa vie dans les prochains mois. Le 17 juin 2021, Cédric Jubillar finit par avouer qu’il était parfaitement au courant, et que c’était d’ailleurs le sujet principal de leurs disputes.

6. Le texto qui contredit tout son témoignage

Selon Le Parisien, Cédric Jubillar aurait envoyé un SMS à un de ses amis proches quelques heures après la disparition de Delphine Jubillar, sur lequel était écrit : “J’ai grillé Delphine !” Ce texto a-t-il été envoyé après que cette dernière ait envoyé un selfie à son amant avant de dormir ? Cédric Jubillar est-il tombé sur cette photo intime ? Mystère. Le texto a évidemment été intercepté par la section de recherche de Toulouse, venant contredire tout le témoignage du mari lors de sa garde à vue. Celui-ci attestait ne rien savoir de son amant domicilié à Montauban avec lequel Delphine Jubillar projetait de refaire sa vie. À ce sujet, le procureur a été clair : “Il a le droit de mentir, d’évoluer dans ses déclarations.”

7. Une soirée calme et apaisée selon Cedric Jubillar

Lorsque Cédric Jubillar est interrogé par les gendarmes de Cagnac-les-Mimes le 16 décembre 2020, celui-ci affirme qu’il ne s’est rien passé d’anormal au cours de la soirée de la veille. Selon lui, il serait allé se coucher aux alentours de 22h30, alors que Delphine Jubillar regarde la télévision au rez-de-chaussée après avoir endormi leur fils. Il aurait été réveillé à 3h45 par les pleurs de son enfant en bas âge avant de notifier que son épouse n’était plus là. Cependant, lorsque Louis, leur fils âgé de six ans, est entendu par la section de recherche de Toulouse, ce dernier explique aux gendarmes que ses parents ont eu une violente dispute dans la soirée. Il a par ailleurs affirmé qu’il était au courant que sa maman avait un autre homme.

8. Des “cris stridents” entendus par le voisinage

Comme l’a rappelé Dominique Alzeari, le procureur de Toulouse, deux voisines de Delphine et Cédric Jubillar ont livré un témoignage important aux gendarmes au lendemain de la disparition. Selon elles, à 23h07 très exactement, des “cris stridents et de détresse” les ont interpellées “avant de s’arrêter dans la nuit”, a-t-il expliqué. Un témoignage qui vient alors confirmer les dires du petit Louis, qui affirmait qu’une dispute avait éclaté aux alentours de 23 heures. Ce soir-là, les deux voisines décident de ne pas appeler la police.

9. Le mystère de la doudoune blanche

Depuis le début de l’affaire, Cédric Jubillar peine à donner une description précise des vêtements que portait Delphine Jubillar le soir de sa disparition. Sur l’appel à témoins, seule une “doudoune blanche” est mentionnée sans le moindre détail en plus. Lors de sa garde à vue, le mari de la disparue évoquera un pyjama épais avec un gilet par dessus et des boots aux pieds, puis une doudoune blanche à d’autres occasions. Autant de versions différentes qui laissent les enquêteurs perplexes : comment ne peut-il pas se souvenir de la tenue de sa femme lors du coucher ? De plus, si l’on en croit la description du selfie de Delphine Jubillar, envoyé à son amant, celle-ci était vêtue d’une combinaison de nuit.

10. Une présence humaine cachée dans la voiture

L’enquête a permis d’établir que la voiture de l’infirmière avait été déplacée entre son retour du travail et l’arrivée des gendarmes à 4h50 du matin, et par conséquent que son mari ne l’avait pas réellement recherchée, contrairement à ce qu’il attestait aux gendarmes. En effet, Delphine Jubillar avait pris l’habitude de garer son véhicule dans le sens de la montée, alors que celle-ci se trouvait dans le sens inverse au petit matin. De plus, Dominique Alzeari a évoqué des traces de condensation suspectes dans la voiture : “Côté conducteur, la fenêtre est ouverte et il y a une présence de condensation dans la voiture. Un expert a établi que cette condensation était due à une présence humaine”.

Pour l’heure, Cédric Jubillar est toujours présumé innocent.

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