Un Brexit sans accord pourrait coûter 900 millions d’euros à la mode britannique
Dans un communiqué transmis hier à la presse, le British Fashion Council s’inquiète fortement du coût créatif et économique qu’aurait un Brexit sans accord sur l’industrie de la mode Outre-Manche.
Alors que ce mardi 3 septembre 2019 devrait se tenir un vote quant au calendrier qui permettrait au Royaume-Uni de sortir de l’Europe. Le British Fashion Council – soit la chambre syndicale de la mode britannique- a fait parvenir à la presse ainsi qu’à des organisations un communiqué exhortant le gouvernement à réfléchir au coût d’une sortie sans accord de la Communauté européenne pour l’industrie de la mode locale.
Préparer les designers à un scénario catastrophe
« Le British Fashion Council (BFC) continue de souligner qu’un Brexit sans accord est un scénario à éviter ». C’est par cette phrase explicite que commence le communiqué du Conseil de mode britannique. Alors que la Fashion Week londonienne démarre le 12 septembre prochain, le BFC explique qu’une sortie sans accord de l’Union européenne pourrait coûter, la première année, entre 850 et 900 millions de livres sterling. Une somme astronomique, dont le coût se ressentirait fortement sur l’économie de la mode
À l’heure actuelle, la mode britannique est un secteur d’une valeur de 32 milliards de livres employant plus de 890 000 personnes, soit presque autant que le secteur de la finance. Le British Fashion Council demande donc à ce que le gouvernement « cherche un accord avec l’UE qui garantirait la santé et l’évolution de l’industrie de la mode », « donne accès à des fonds qui permettrait de stimuler les marques et assurerait aux designers de rester dans la compétition internationale à travers des accords commerciaux ». Le gouvernement est également prié de fournir « un accès à des financements, à la liberté de mouvement des talents et leur promotion », mais aussi d’avertir « sur les différents scénarios et les traduire en terme de conséquences pour l’industrie de la mode ».
inter Craignant le pire, d’autant que Boris Johnson menace de dissoudre le gouvernement avant le vote, le BFC a mis en place un séminaire à destination des designers inscrits au sein de son institution. L’objectif de ce séminaire ? Aider les designers « à identifier les risques et les défis de leurs activités et en les préparant aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dans le cas où aucun accord ne serait conclu avant le 31 octobre 2019″. Lors de l’évènement, ont été discutés les effets d’un non-accord sur la circulation des personnes, l’accès sans frais de douane à l’UE, les frontières sans friction, les règles de propriété intellectuelle ou encore le financement sans l’appui de Fonds européen de développement régional.
Car selon le British Fashion Council, le cœur du problème se réduit aux questions de commerce et de mobilité des personnes. Concernant le commerce, il reste encore à évoluer l’impact des tarifs de l’OMC, car il n’est encore pas établi qui assumera ce coût supplémentaire entre l’entreprise et le consommateur. La logistique risque également d’engendrer des délais relatifs au transport frontalier des marchandises, les marques devront également traiter des demandes de TV pour 27 états différents au lieu d’une communauté régulée dans son ensemble.
Un non-accord se fera sans aucune période de transition et, avec une industrie composée principalement de petites et moyennes entreprises, nous aurons du mal à faire face aux réalités commerciales que cela apporterait.
Le Royaume-Uni perdrait sa place de leader
Pour la mobilité des personnes, le BFC a déjà pris les devant. En 2018, épaulé par the Arts Council, il a mis en place un visa de Tier 1 pour Talent Exceptionnel qui lui réserve, indépendamment du système d’application des visas, le droit d’attribuer un visa à des designers talentueux et des personnalités du secteur de la mode. En janvier 2019, le conseil a fait passer au parlement une nouvelle règle d’immigration, couverte sous le visa de Tier 5 utilisé par les mannequins souhaitant entrer dans le Pays.
« Cependant, ces modifications et les modifications proposées au système d’immigration par le biais du livre blanc du gouvernement ne couvriraient pas les travailleurs qualifiés et moins bien rémunérés, des machinistes aux experts en langue, laissant ainsi des préoccupations quant au manque de compétences de l’industrie », s’inquiète le British Fashion Council. Plus loin, on lit dans la déclaration : » La recommandation selon laquelle le visa de niveau 2 doit être soumis à un seuil de salaire minimal de 30 000 £, les rôles qualifiés dans la fabrication de la mode rapportant généralement moins que cela, est particulièrement préoccupante. De même, la liste des professions en pénurie ne couvre aucun des rôles requis par l’industrie de la mode haut de gamme. Le BFC demande que le seuil de salaire et la liste des métiers en pénurie soient revus de toute urgence ».
Sans ces modifications, le British Fashion Council craint qu’il sera impossible pour le Royaume-Uni de conserver sa position de leader pour attirer le talent mondial dont l’industrie de la mode britannique a besoin. Dans un communiqué envoyé en janvier dernier, l’organisation s’inquiétait déjà quant aux conséquences d’un tel choix. « Un non-accord se fera sans aucune période de transition et, avec une industrie composée principalement de petites et moyennes entreprises, nous aurons du mal à faire face aux réalités commerciales que cela apporterait ». Mars dernier, Adam Mansell, PDG de la UK Fashion and Textile Association, expliquait à The Independant que certaines entreprises de mode britanniques étaient déjà traitées comme si elles ne faisaient pas partie de l’UE : « Les gens de l’industrie ne passent pas de commandes et les marchandises sont arrêtées aux frontières ».
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