Procès Weinstein : le producteur reconnu coupable de viol et d'agression sexuelle
Son procès était l’un des plus attendus de la décennie. À 67 ans, l’ancien superproducteur d’Hollywood a été reconnu coupable à New York d’agression sexuelle et de viol, mais il échappe à la perpétuité. Sa peine sera connue le 11 mars.
La nouvelle vient de tomber. Harvey Weinstein a été reconnu coupable, ce lundi 24 février, d’agression sexuelle et de viol. À 67 ans, l’ex-magnat tout-puissant d’Hollywood était poursuivi pour avoir violé une femme en 2013 et avoir commis une agression sexuelle sur une autre femme en 2006. Le producteur est passible de 25 ans de prison au maximum, mais ne risque pas la perpétuité, car le jury l’a disculpé de la circonstance aggravante de comportement «prédateur», qui aurait pu lui valoir la prison à vie. Un verdict en demi-teinte qui constitue cependant une victoire pour le mouvement #MeToo.
Harvey Weinstein a immédiatement conduit en prison. Sa peine sera déterminée le 11 mars par le juge James Burke, qui a présidé aux débats. Il s’agit là de la première reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-mouvement Me Too, celle de l’acteur Bill Cosby résultant de poursuites entamées en 2015, avant que le mouvement anti-agressions sexuelles ne commence en octobre 2017.
Sur les traces de Harvey Weinstein
Né dans le Queens, à New York, Harvey Weinstein est le fils du tailleur de diamants Max Weinstein. Il étudie à l’université de Buffalo et fonde en 1979 la société Miramax Films, au côté de son frère Robert. (New York, le 21 avril 1989.)
Célèbres dans les années 1980 et 1990 pour leur production de films indépendants – comme ceux de Steven Soderbergh ou Quentin Tarantino – ils remportent leur première Palme d’or en 1990, pour Sexe, mensonges et vidéo. (Avec Robert Weinstein, New York, le 21 avril 1989.)
En 1997, les deux frères raflent leur premier Oscar pour Le Patient anglais, d’Anthony Minghella. Harvey est bien plus présent que Bob sous les feux des projecteurs. (New York, 1994.)
Le tout-puissant Harvey Weinstein est de toutes les soirées mondaines, où se côtoient les grands pontes de Hollywood. (Avec Tom Cruise, New York, le 3 mars 1998.)
Une défaite pour Donna Rotunno
Le procès pénal de l’ancien producteur de cinéma s’était ouvert le lundi 6 janvier devant la Cour suprême de l’État de New York, à Manhattan. Soit plus de deux ans après les révélations chocs qui ont provoqué le déferlement de la vague #MeToo. Le jury, composé de sept hommes et cinq femmes, délibérait depuis le mardi 18 février de la culpabilité ou non de Harvey Weinstein. Au total, cinq chefs d’accusations étaient retenus contre lui : un acte sexuel criminel au premier degré, deux viols et deux «agressions sexuelles prédatrices» («predatory sexual assault» en anglais). Finalement, après cinq jours de délibérations, le jury ne l’a jugé coupable que des deux chefs les moins graves : l’agression sexuelle de l’ancienne assistante de production Mimi Haleyi, en 2006, et le viol de l’aspirante actrice Jessica Mann, en 2013. Il a, en revanche, relaxé le producteur d’un chef de viol plus grave lié à Jessica Mann, mais surtout de la circonstance aggravante de comportement «prédateur».
Son avocate, la redoutable Donna Rotunno, n’est visiblement pas parvenue à convaincre les douze jurés sélectionnés parmi près de 700 personnes convoquées. Un échec de taille pour celle que l’on surnomme «le bouledogue des salles d’audience». L’Américaine de 42 ans spécialisée dans ce genre d’affaire n’avait jusqu’à présent perdu qu’un procès au cours de sa carrière. Pour condamner le cofondateur de Miramax, le jury a eu besoin de cinq jours pour parvenir à une décision à l’unanimité sur certains chefs, condition nécessaire pour prononcer un verdict.
L’avocate s’est exprimée dès l’issue du verdict, devant le tribunal : «Nous allons absolument faire appel. Le combat n’est pas fini». Donna Rotunno a affirmé que le producteur avait pris la nouvelle «comme un homme». «Harvey est fort. Harvey est incroyablement fort (…). Il sait que nous continuerons à nous battre pour lui.» Elle a ajouté qu’il lui était «absolument horrible» de voir son client conduit en prison, soulignant l’impact de la couverture médiatique de l’affaire sur l’opinion du jury : «Bien sûr, c’est une journée douce amère. Nous sommes déçus.» Avant d’ajouter, empruntant une métaphore associée aux scores du football américain : «Nous savions en arrivant, dès le jour où le procès a commencé, que nous étions menés 35 à 0. Les jurés sont arrivés en sachant tout ce qu’ils pouvaient sur ce cas. Nous n’avons pas pu en trouver un qui n’ait jamais entendu parler de Harvey Weinstein.»
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Accusé par plus de 80 femmes
Depuis les révélations du New York Times et du New Yorker, en octobre 2017, plus de 80 actrices, aspirantes actrices, mannequins ou ex-employées, dont des célébrités comme Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie ou Léa Seydoux, avaient accusé l’ancien producteur de les avoir harcelées ou agressées sexuellement. Mais le procès, qui s’est ouvert début janvier, ne concernait directement que deux des victimes présumées d’Harvey Weinstein – Mimi Haleyi et Jessica Mann. En cause ? La difficulté d’établir un dossier pénal sans preuve matérielle, sans témoin, et autour d’accusations qui remontent à plusieurs années.
Six autres femmes avaient tenu à témoigner contre le mogul déchu. Parmi elles, l’actrice Annabella Sciorra de la série Les Soprano. Émue, elle avait raconté en détails le viol et le harcèlement sexuel qu’elle aurait subis dans les années 1990. Même si l’agression présumée est trop ancienne pour donner lieu à des poursuites, cette déposition visait à montrer que Harvey Weinstein était bel et bien un prédateur. Une chose est certaine : il y aura un avant et un après affaire Weinstein.
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