Le musée des beaux-arts de Lille a-t-il acheté une fausse antiquité ?
- Le Palais des beaux-arts de Lille a acquis, en 2011, un « Portrait du Fayoum », une antiquité égyptienne datant du IIe siècle pour 80.000 euros.
- L’authenticité de l’œuvre est remise en cause par l’Office de lutte contre le trafic de biens culturels, l’expert l’ayant authentifié en 2011 étant aujourd’hui soupçonné de trafic d’antiquités.
- Le « Portrait du Fayoum » a été saisi par la police et va être examiné par des experts pour déterminer s’il s’agit ou non d’un faux.
Mi-février 2012, le Palais des beaux-arts de Lille présentait au public une somptueuse pièce antique égyptienne acquise un an plus tôt lors d’une vente aux enchères. Il s’agissait d’une peinture sur bois à l’encaustique représentant un « portrait de militaire romain », aussi appelé « portrait du Fayoum », daté entre 125 et 135 après J.-C. Onze ans plus tard, le musée vient d’apprendre qu’il s’était peut-être fait berner en cassant ses économies pour acheter un faux. Explications.
Des « portraits du Fayoum », il y en a des caisses. Mais pas comme celui exposé en bonne place depuis onze ans au département des antiquités égyptiennes du Palais des beaux-arts. « Il y a des années que nous souhaitions acquérir cette œuvre qui est la mère de tous les portraits de la peinture classique », avait déclaré à l’époque Alain Tapié, directeur du musée lillois. Alors, lorsque le musée a eu vent que son précieux était au catalogue d’une vente aux enchères de la maison Pierre Bergé et associés, en mai 2011, l’institution a enfin pu mettre la main dessus grâce à une préemption de l’Etat. Le prix, 80.000 euros, près de 100.000 en comptant les frais.
Une traçabilité de l’œuvre jusque dans les années 1920
À ce moment, rien ne laissait penser que l’œuvre pouvait être un faux. La traçabilité remonte jusqu’aux années 1920-1930, lorsque le « Portrait de Fayoum » est entré au patrimoine d’une collection britannique (Blanchard, Le Caire), avant de partir, en 1983, aux Etats-Unis pour finalement arriver, en 2011, à cette fameuse vente aux enchères à Paris. Entre-temps, 20 Minutes est parvenu à retrouver la trace de cette antiquité dans une galerie londonienne, laquelle a exposé le « Portrait de Fayoum » en 2008, lors de la Basel Ancient Art Fair, à Bâle, en Suisse. L’œuvre était d’ailleurs proposée à la vente au prix de 185.000 euros mais l’on ignore si elle a trouvé preneur lors de cet événement.
En amont de la vente aux enchères par la maison Pierre Bergé et associés, en 2011, le « Portrait de Fayoum » avait été expertisé par un spécialiste reconnu : Christophe Kunicki. On retrouve sa trace en tant qu’expert d’antiquités ou de commissaire-priseur sur de très nombreuses ventes aux enchères d’art. Jusqu’en 2020, il était d’ailleurs considéré comme le meilleur spécialiste en archéologie méditerranéenne avant d’être mis en examen avec son mari dans le cadre d’une vaste enquête sur un trafic d’antiquités pillées dans des pays du Proche et du Moyen-Orient. Depuis, toutes les expertises qu’il a pu faire sont remises en question, notamment celle du « Portrait du Fayoum » du musée lillois.
Le Palais des beaux-arts a ainsi été avisé par l’Office de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) « que de forts soupçons pesaient sur l’authenticité » de sa précieuse antiquité a déclaré, ce mercredi, la mairie de Lille. L’œuvre a donc été saisie par les enquêteurs de la police judiciaire et doit faire l’objet d’une analyse « par un laboratoire de recherche et de restauration ». Si le « Portrait du Fayoum » est finalement un faux, la ville a prévenu qu’elle s’ajouterait à la longue listes des plaignants contre l’expert déchu.
Source: Lire L’Article Complet