Grenelle des violences conjugales : les associations réclament "de l’action, pas de la communication"

Une dizaine d’associations qui accompagnent sur le terrain des femmes victimes de violences conjugales demandent un "plan Marshall", alors que le Grenelle des violences conjugales s’est ouvert le 3 septembre, sous l’égide de Marlène Schiappa.

Mardi 3 septembre à Matignon, le Premier ministre Edouard Philippe a ouvert le Grenelle des violences conjugales, promettant des engagements par le gouvernement à la fin de la journée.

Alors que depuis le début de l’année 2019, le cap de la centaine de féminicides a été hélas franchi, une dizaine d’associations se sont réunies lundi 2 septembre à la Fondation des femmes à Paris, pour marteler qu’elles refusent un énième plan de communication, exigeant que l’on passe enfin à l’action. Et vite.

« Un plan Marshall contre les violences faites aux femmes »

« Ce qu’on attend, c’est un plan Marshall contre les violences faites aux femmes, ce qu’on attend, c’est des résultats, a déclaré Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. On ne veut pas d’un Grenelle des fake news, on va être extêmement attentives. »

La violence conjugale n’est pas une fatalité. Une réelle volonté politique doublée d’un financement à la hauteur des besoins doit stopper cette insupportable litanie funèbre de noms de femmes assassinées désormais égrénée dans les médias après n’avoir été que d’obscures statistiques.

Les femmes victimes n’ont pas besoin d’un nouveau grand débat mais d’un « plan Marshall doté de 500 millions d’euros au moins, voire un milliard ». Tour à tour, les responsables des associations ont raconté la réalité du terrain et les obstacles qu’elles doivent surmonter pour accompagner et protéger les victimes de violences conjugales.

2000 places supplémentaires nécessaires

En 2016, il y avait 4446 places en centres ou services spécifiques pour des femmes ayant fui le domicile conjugal, elles en réclament 2000 de plus a minima, avant la fin de l’année.

Il faut aussi mieux former les professionnels de la santé et ceux de la police et de la gendarmerie.

« Le médecin est souvent le premier recours, a rappelé Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue, fondatrice de la Maison de femmes à Saint-Denis (93). Il faut former les étudiants en médecine, et les praticiens pour qu’ils sachent dépister ce qui se cache parfois derrière les maladies chroniques. Il faut aussi changer la donne des hospitalisations d’urgence : aujourd’hui, il est difficile d’héberger des femmes enceintes en danger, si on ne leur prescrit pas de soins, cela ne rapporte rien à l’hôpital ! ».

Mieux former les forces de l’ordre

L’uniformisation de la prise en charge par les commissariats et les gendarmeries et la responsabilisation de l’ensemble des policiers et policières notamment dans le traitement des plaintes font partie des enjeux.

Le référent ‘violences conjugales’ est indispensable dans un commissariat

« C’est difficile de porter plainte contre son amoureux, dire son intimité, sa sexualité, sa conjugalité, explique Marie-France Casalis, porte-parole du Collectif féministe contre le viol. Faire émerger la parole est une mission et un art. Le référent ‘violences conjugales’ est indispensable dans un commissariat, il faut développer cette spécialisation. Il faut savoir mettre en lumière la stratégie de l’agresseur, comprendre la terreur qu’il distille dans la tête de sa victime, et pour ne pas se contenter d’établir une main courante, comprendre que cette dernière ne commence jamais par raconter les actes les plus graves qu’elle a subies. »

Créer des instances juridiques spécialisées

Le monde la justice doit également évoluer. Les associations demandent la création d’instances judiciaires spécialisées dans le traitement des violences conjugales. « Et le port du bracelet électronique devrait être obligatoire dès la première condamnation ! », s’est exclamée une participante.

Et puis, il y a la question des enfants. Parce que l’on part du principe, rarement remis en question, qu’un mari violent peut être un bon père, on en fait les témoins et parfois même les victimes directes ou collatérales de la violence conjugale.

D’où la nécessité de lieux médiatisés très encadrés, la suspension du droit de garde le temps de la procédure jusqu’à la non remise de l’enfant au père -après la séparation, tout ce qui assure « une amélioration de la sécurité des femmes et des enfants lors de l’exercice de la parentalité ».

Sensibiliser le milieu professionnel

C’est toute la société civile qui doit être mobilisée, le monde de l’éducation, de la santé, de la justice et de l’entreprise. Les DRH ont la possibilité d’activer des leviers : utiliser le 1% logement pour permettre à une salariée victime d’un conjoint violent de se reloger, lui octroyer des congés payés supplémentaires ou faciliter sa mobilité géographique. En un mot, sécuriser son travail. Trop de femmes vivent une double peine, obligées de quitter leur domicile et leur emploi.

Trop de femmes vivent une double peine, obligées de quitter leur domicile et leur emploi.

« C’est tout un travail de réseaux, il faut arriver à créer un maillage de sécurité autour des victimes », a conclu la présidente de la Fondation des femmes, qui appelle à la vigilance. Pour que ce premier « Grenelle des violences conjugales » soit le dernier, sinon cela aurait été, une fois de plus, que de belles paroles, certes compatissantes.

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