Borne qui vapote, colère de Le Pen… A l’Assemblée, les photographes sur le qui-vive
- Chaque semaine, 20 Minutes met en avant une image marquante en allant chercher le regard du photographe.
- Le 29 novembre, la députée Caroline Fiat (LFI) a reproché à la Première ministre Élisabeth Borne de vapoter pendant qu’elle présentait la nouvelle motion de censure LFI contre le gouvernement à l’Assemblée nationale.
- Le photographe de l’agence Sipa Press, Jacques Witt, explique à 20 Minutes le making of d’une photo prise le 5 décembre 2023 montrant Élisabeth Borne en train de vapoter à l’Assemblée nationale et revient sur l’exercice de son métier dans l’enceinte du Parlement français.
Lundi, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité en première lecture un texte pour interdire les « puffs », des cigarettes électroniques à usage unique prisées par un public jeune. Un premier pas vers une interdiction qui devra encore être confirmée par Bruxelles. Cependant, fumer ou vapoter dans les lieux publics est déjà prohibé en France. Une loi que la Première ministre Élisabeth Borne a pris l’habitude de ne pas respecter à l’Assemblée nationale. La séance des questions au gouvernement attire les photographes de presse afin de rendre compte des discussions entre les députés et les ministres. Une pratique dont les règles sont très encadrées. A travers le making of d’une photo montrant la Première ministre en train de vapoter dans l’hémicycle le 5 décembre, le photographe de l’agence Sipa Press, Jacques Witt, revient sur l’exercice de son métier dans l’enceinte du parlement.
Que voit-on sur l’image ?
« Je vois Élisabeth Borne en train de vapoter, raconte Jacques Witt à 20 Minutes. Il y a quelques jours une députée de la France insoumise lui a rappelé qu’il était interdit de vapoter dans l’hémicycle ». En effet, mercredi 28 novembre, Caroline Fiat (LFI) a reproché à la Première ministre de vapoter pendant qu’elle présentait la nouvelle motion de censure LFI contre le gouvernement. « Vapoter dans cette enceinte pendant que je suis en train de vous parler, c’est un mépris total », avait-elle lancé, ajoutant : « On n’est pas au-dessus des lois ». Le photographe a donc décidé de refaire une série d’images de la Première ministre avec sa cigarette électronique car cette histoire était revenue dans l’actualité. Il ajoute : « Cela renvoie une image détestable par rapport au respect de la loi. »
Quant au dialogue entre Élisabeth Borne, Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, et Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, le photojournaliste détaille que « c’est juste avant le début des questions au gouvernement. Ce n’est pas courant de les voir parler comme ça. C’est un échange de quelques mots avant le début de la séance. J’imagine au sujet des questions que les députés vont leur poser et de qui va y répondre. » Il explique que les photographes entrent dans l’hémicycle cinq minutes avant le début de la séance. Ils sont normalement autorisés à ne faire des photos que lorsque la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, est installée et que la séance commence. A la suite d’une petite négociation, il nous avoue que les photographes ont réussi à obtenir l’autorisation de commencer leur travail un petit peu avant car « c’est plus intéressant de photographier des ministres qui arrivent et se rencontrent avant le début des questions ». Cependant, la prise de vue durant les interruptions de séance est toujours interdite et les photographes doivent sortir de l’hémicycle.
Quel est le contexte de prise de vue ?
La pratique de la photographie de presse est effectivement très encadrée dans l’hémicycle. « Nous avons deux emplacements dédiés aux photographes. Le premier est en face de la tribune de la présidente de l’Assemblée qui nous permet d’avoir une vue à gauche, sur les partis de droite et d’extrême droite, et à droite, sur les partis de gauche et d’extrême gauche. Le second s’appelle « le guignol » et se trouve en bas à gauche du perchoir de la présidente, où nous avons une vue sur les insoumis, les écologistes, le PS et une partie de Renaissance, détaille Jacques Witt à 20 Minutes. Il existe le même emplacement de l’autre côté et nous aimerions avoir également quelques places consacrées aux photographes dans cet espace. »
Le journaliste explique qu’il est possible d’avoir jusqu’à six photographes dans chaque espace et que l’obtention d’un troisième faciliterait la rotation en séance en cas de surnombre, tout en permettant une égalité de traitement dans les angles de prise de vue. Pour cette photo, il est placé dans l’espace en face de la présidente. Il se situe approximativement à 20 mètres de la scène et est obligé d’utiliser un téléobjectif de « 300 mm voire 400 mm pour saisir les scènes en étant suffisamment proche ».
L’anecdote en plus
Jacques Witt raconte que cette séance s’est déroulée plutôt calmement mais qu’il en a connues de beaucoup plus mouvementées par le passé, notamment au moment du débat sur les retraites au début de l’année 2023. « A l’époque les questions au gouvernement duraient deux heures. La France insoumise mettait le chaos dans l’Assemblée en hurlant, en invectivant… A la fin, on sortait rincé ! En tant que photographe, il faut être réactif et bien regarder ce qu’il se passe car un incident peut arriver de tous les côtés. » Il poursuit en se remémorant un autre exemple, plus récent, lorsque les députés de l’extrême droite ont quitté l’hémicycle. « Quand les députés du Rassemblement national quittent l’Assemblée, descendent de l’hémicycle, vous faites une vue d’ensemble, puis il faut essayer de cibler sur Marine Le Pen qui fait un geste assez étonnant où elle pointe son doigt en direction du Dupond-Moretti », comme sur l’image ci-dessus. Tout en reconnaissant qu’« il faut aussi peu de chance et avoir le téléobjectif pointé sur elle ».
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