Chirurgie esthétique, faut-il l’avouer ?
Nouveaux seins, nouveau nez, nouvelle bouche ? Même si la chirurgie esthétique n’est pas un acte anodin et doit être murement réfléchie, elle fait de plus en plus d’adeptes. Après l’opération, doit-on révéler à ses proches les petits "secrets de fabrication" que l’on a subi ? Réponses.
Nombreuses sont celle qui admirent les corps le plus souvent retouchés des mannequins et des célébrités sur papier glacé. Mais à quoi ressemblaient vraiment certains de ces canons avant d’avoir eu recours au bistouri ? Du laser pour corriger quelques ridules au coin des yeux pour retrouver le regard de nos 20 ans, à la liposuccion des hanches pour avoir de somptueuses courbes d’amphore : certains sont prêtes à tout pour plaire, tant à elles-mêmes qu’aux autres.
Du point de vue des hommes, toutes les études sur le sujet révèlent qu’ils ne sont généralement pas opposés à la chirurgie esthétique. Ces messieurs n’y voient en effet aucun mal tant que cela ne se voit pas ou qu’ils peuvent faire abstraction et oublier.
Mais les patientes elles, n’oublient pas. Le cerveau garde en mémoire les réflexions piquantes parfois blessantes sur cette partie de notre corps ou de notre visage qui nous déplaisait tant, envolées après ce passage difficile sur la table d’opération. Que de combats, d’hésitations, de reculades et d’énergie dépensée avant de se sentir enfin mieux avec soi-même et fière devant la glace, avec un physique que l’on estime, parfois à tort, plus désirable. « L’après » chirurgie esthétique est une longue histoire.
Il met en jeu d’innombrables problématiques, de la construction de l’image de soi mais aussi du sentiment d’usurpation qui, étrangement, s’exacerbe quand l’autre pose un regard émerveillé sur nous et notre nouveau physique.
La peur irraisonnée du regard de l’autre sur nos propres complexes
Céline est une droguée de la chirurgie esthétique. À 35 ans, elle s’est déjà fait remonter les seins, raboter le nez, tatouer les sourcils et retirer le gras des genoux, qu’elle jugeait trop gros. C’est presque inimaginable à quel point cette fille d’une extrême douceur est aussi dure envers elle-même.
À chaque fois qu’elle se fait opérer, elle y va avec l’espoir fou et vite balayé de s’accepter enfin et de se sentir à la hauteur de l’amour d’un homme. D’aucuns diront que les problèmes de la jeune femmes trouveraient une réelle solution si elle acceptait de s’allonger sur le fauteuil d’un psy, mais c’est sur le billard qu’elle va chercher la paix intérieure.
Sa dernière obsession, ce sont ses yeux. Elle a des prunelles d’un joli marron chaud, et un soir, avant de sortir en boîte, elle se met des lentilles de contact bleues. Sur le brun de ses iris, les lentilles rendent une spectaculaire teinte lavande, tirant sur le violet.
« Au bar, un très bel homme me fait du rentre-dedans toute la soirée. Il est ensorcelé par mes yeux, il me dit que ce sont les plus beaux du monde, qu’il est déjà en train de tomber amoureux. Je rentre chez moi totalement paniquée. L’homme me plaît, mais comment lui dire qu’il a été attiré par un artifice, que je ne suis pas aussi belle qu’il le croit ? »
« Il m’appelle le lendemain et m’invite à dîner. Je me dis d’abord que je vais y aller sans lentilles, mais j’ai tellement peur de sa déception que je n’ose pas. » Paralysée par un intense sentiment de tromperie, mais incapable de prendre le risque d’être rejetée, elle remet ses yeux violets et s’enfonce encore un peu plus dans son mensonge : « Je suis attirée par cet homme mais, en même temps, je lui en veux d’aimer chez moi une chose qui n’existe pas. »
Elle passe une nuit avec ce nouvel amant, terrorisée à l’idée de perdre ses lentilles dans le feu de l’action. Elle anticipe des situations grotesques, l’homme qui se réveille et qui la trouve à quatre pattes en train de chercher ses petits cercles bleus sous le lit. Incapable d’exhiber ses yeux au naturel, elle finit par rompre, non sans difficulté, estimant que la mascarade avait assez duré.
L’impression d’être jugée par un compagnon qui ne sait pas tout
Pendant des siècles les femmes ont été perçues comme de coquettes séductrices, parfois même trompeuses, appâtant l’homme à coups de faux seins, faux fessier, fausses dents, postiches et emplâtres de fard. Aujourd’hui les choses sont beaucoup plus compliquées. L’heure est à la fois au naturel et à la modification profonde. Avec la médecine et la chirurgie esthétique, on se « photoshope » à même la peau, jusque dans la chair. On n’enlève plus ses faux seins, on les porte à l’intérieur de soi. Celles qui ont « fait quelque chose » ont le choix de le dire ou de ne pas le dire et, loin d’être anodin, ce choix peut colorer une relation amoureuse, définir les limites qu’on pose à la vérité et à l’intimité.
Ainsi Pauline… Elle a 28 ans lorsqu’elle rencontre David. Elle le qualifie comme quelqu’un de libre d’esprit, d’intelligent et de tendre. « C’est le genre d’homme qui aime les femmes, et qu’on imagine facilement avec un bébé dans les bras », confie-t-elle. « On se plaît énormément, on se parle jusqu’à l’aube. »
Mais il y a quelque chose que Pauline garde pour elle, un détail pour certains, un obstacle infranchissable pour d’autre, une étape de sa vie qu’elle n’ose pas divulgué, de peur de faire fuir l’objet de tous ses désirs. » À 20 ans j’étais plate comme une limande, et j’en souffrais énormément. Alors j’ai fais les démarches nécessaires et un chirurgien compétent m’a fait des seins parfaits, très naturels, pas ces ballons énormes qu’on croise parfois. Mes beaux seins à moi, m’ont changé la vie. »
Mais le ciel s’assombrit pour Pauline lorsqu’elle passe sa première nuit avec David. « J’ai peur qu’il ne se rende compte de quelque chose. Je me raidis quand il veut me toucher la poitrine. Pendant le dîner, il m’a parlé avec sarcasme des « bimbos siliconées » : « Jamais il n’y en aura une dans mon lit », a-t-il affirmé. »
Sur le moment, elle n’a rien répondu, « mais mon silence commence à me hanter. J’ai l’impression qu’entre lui et moi mes seins font barrière. C’est une question de confiance, et la mienne est limitée par la peur de le décevoir, de ne pas correspondre à l’image idéale et nature qu’il a de moi. »
Curieusement, au fil des jours sa peur se transforme en colère. Elle éclate, un soir où il lui murmure à quel point il aime caresser ses seins. « Je le traite d’hypocrite, de faux-cul. Il n’aime pas les pétasses siliconées, eh bien j’en suis une . Et il ne s’en est même pas rendu compte. Qui est-il pour les juger ces filles ? Lui qui est si content de toucher mes jolis seins, sans savoir à quel point j’ai investi pour les avoir . Je pleure comme une fontaine. Il me prend dans ses bras, s’excuse, me console. Cette révélation tardive nous a rendus encore plus amoureux. Si je n’avais rien dit, ça aurait tout empoisonné, alors qu’aujourd’hui il sait tout de moi et de mes choix. »
Le besoin pesant d’assumer qui on est
À 35 ans, Léa croque la vie à pleine dent grâce au tout nouveau sourire qu’elle s’est offert : « J’ai été sévèrement anorexique pendant des années, et mes dents ont souffert pendant ces sombres années. Elles ont même commencé à tomber. C’était horrible, alors j’ai dépensé des fortunes pour me faire poser des implants. »
« Quand j’ai rencontré l’homme de ma vie, il a tout de suite flashé sur ces dents éclatantes de blancheur et de vitalité. » Dans l’ivresse de cette première soirée, elle sourit de plus belle, sans songer à dire expliquer le pourquoi du comment. « Et ce mensonge par omission m’a vraiment gênée. S’il ne m’avait rien dit, ça ne m’aurait posé aucun problème. Mais là, j’avais l’impression de l’avoir trompé sur la marchandise, d’être comme une contrefaçon trop bien imitée. En plus, pour moi la bouche est totalement liée à l’érotisme, aux baisers, sans parler du reste. »
Incapable de ne pas avouer mais aussi de lui dire la vérité en face, elle se décide à lui écrire une lettre : « Ces dents que tu aimes tellement… Eh bien elle m’ont coûté le prix d’un studio de 20 m2, et j’ai souffert pour les avoir… Sa réaction ? Il a été très surpris de constater à quel point je m’étais fait une montagne de ce qu’il considéré comme « un rien du tout ». Depuis, je lui souris sincèrement et je n’ai plus honte de rien. »
« Je lui cache ou je dis tout » : comment trancher face à l’être aimé ?
Infirmière, Laura est ravie de son corps de danseuse qu’elle entretient par des séances de pilates. Avec ses amoureux, d’un soir ou d’un mois, elle ne s’embarrasse jamais de ces secrets prétendument inavouables : « J’avais le gros nez bossu de mon père, et je l’ai fait refaire il y a dix ans. Je trouve que c’est la décision la plus intelligente que j’ai prise dans ma vie. Mon nouveau nez fait complètement partie de moi, j’ai même oublié la tête que j’avais avant. Je n’ai aucun sentiment de mensonge ou d’image trafiquée. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de dire à un amoureux que j’étais née avec un gros pif. D’ailleurs, ce sont les filles qui voient que j’ai le nez refait, pas les garçons. Donc je n’en parle pas, sauf si ça vient sur le tapis, quand on regarde des vieilles photos de famille par exemple. »
« Mon mec actuel m’adore, et ça ne me vient pas à l’esprit de me demander s’il m’aurait aimée avec mon ancien nez. Je n’ai été confrontée qu’une seule fois à une réaction totalement délirante : un type croisé dans un club de gym, très beau et narcissique, qui passait des heures à se gonfler en se regardant dans la glace. On avait vaguement copiné, jusqu’à ce qu’il me dise qu’il ne ferait jamais un enfant avec une nana au nez refait, par peur qu’elle ne transmette le gène du vilain pif à sa descendance. Je l’ai traité de sombre connard pathétique et je ne lui ai plus jamais adressé la parole. »
Confession ou non… cette question existentielle se pose de façon plus subtile encore lorsqu’on vit en couple et qu’on partage depuis des années l’intimité d’un même homme. Impossible de modifier une image imprimée dans le regard du compagnon en prétendant être toujours la même. Difficile de s’absenter quelques jours et de revenir à la maison avec un bonnet 95 D, un plâtre sur le nez ou des yeux de boxeur en lançant juste : « Salut chéri, je suis rentrée ! » C’est donc uniquement sur des interventions mineures, pratiquées en médecine esthétique, que se joue le choix entre transparence et silence.
Pour Marina, 48 ans, tous les artifices qu’elle utilise ne regardent qu’elle, et surtout pas son mari. « Dès que j’ai commencé à avoir des rides, j’ai eu recours à la médecine esthétique. Tous les quatre mois environ, je me fais faire du Botox et des injections de Radiesse. Je trouve ça génial. Mais il est hors de question que j’en parle à mon mari. Je ne fais pas ça pour lui mais pour moi. Il est très content et même fier de mon « éternelle jeunesse ». Je ne vais quand même pas lui dire que je dois ça à mon médecin. »
Elle explique avoir horreur de l’excès d’intimité physique, ne parle pas de mensonge, mais juste de préservation de ce qu’elle appelle ses « secrets de fabrication ». Selon elle y a des limites à la transparence. « Même quand je me fais une coloration, j’attends d’être seule. Je ne me balade pas devant lui avec de la patouille sur la tête. »
L’étrange paradoxe des dictats de la beauté
Christine, quant à elle, est en couple depuis vingt-trois ans. Plus le temps passe et plus elle s’indigne de l’hypocrisie qui règne autour du naturel.
« On est censée rester fraîche le plus longtemps possible, mais on se moque des actrices botoxées. Il y a, à la fois, une interdiction de vieillir et un jugement moral autour des techniques de rajeunissement. Je me fais faire des injections depuis des années, et je le garde pour moi. Au cours d’une séance, ma dermato a proposé de m’en faire dans les lèvres. En sortant, je n’avais pas une tronche de mérou mais, quand même, la bouche beaucoup plus large que d’habitude. J’ai rentré les lèvres pendant deux mois, pour ne pas que ça se voit . »
« On ne doit la vérité qu’à nous-même »
Nadège est une quinquagénaire heureuse, mariée à un homme un peu plus jeune qu’elle, elle avoue tout simplement ne pas savoir mentir. « Ce n’est pas une question de vertu, c’est juste que je ne maîtrise pas la technique du mensonge. La première fois que j’ai fait des injections, je suis rentrée à la maison avec des bleus sur la figure. Mon mari m’a demandé ce que j’avais, et je le lui ai expliqué. »
« J’ai des amies qui racontent des trucs médicaux, qu’elles se sont fait enlever des kystes ou de la couperose. Moi ça ne me vient pas à l’esprit. » Son jeune mari s’en fiche complètement, au point de lui marteler : « C’est ta tête, tu en fais ce que tu veux. » D’ailleurs, s’il lui disait qu’elle n’en a pas besoin, Nadège affirme qu’elle le ferait quand même. « Par contre si c’est lui qui me pousse à faire quoi que ce soit, je crois que je le quitte sur le champ . »
Alors, comment le dire ? Et même, faut-il le dire ? Il n’y a évidemment pas de mode d’emploi. Entre les femmes qui sont dévorées par l’inquiétude et la honte, et celles qui s’exhibent et vont parfois jusqu’à se faire opérer en direct dans des émissions de téléréalité, toutes les attitudes sont possibles.
Si on est en accord avec son image, si on n’est pas obsédée par la peur d’être rejetée, silence comme transparence peuvent être légitimes. Les relations entre notre ancien nous, notre nouveau nous et notre conjoint ne sont pas simple à gérer. Mais ces quelques témoignages nous prouvent seulement une chose : c’est à soi-même qu’on doit la vérité.
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